Porté par Aurélie Van Den Daele, directrice du Théâtre de l’Union, à Limoges, et Martin Palisse, à la tête du Sirque – Pôle national Cirque à Nexon, MI/MI, festival inédit mêle le cirque et le théâtre, l’intérieur et l’extérieur, du 22 au 25 mai. Quatre spectacles, dont deux créations signées par les artistes susnommés, ateliers cirque et pas que, forment une programmation festive, décortiquée dans cet entretien.

Pourquoi avez-vous lancé ce festival ?

Aurélie Van Den Daele : Nous coopérions déjà sur l’accueil de spectacles qui interrogent les frontières entre les disciplines, ce qui permettait de croiser nos publics. Nous voulions imaginer une initiative audacieuse et plus longue, qui ouvrirait les portes de nos deux lieux et ferait de chacun de nos territoires une chambre d’écho pour l’art…

Martin Palisse : …et ainsi confronter nos publics respectifs sur un temps fort, qui casse les frontières et rassemble du cirque et du théâtre en une même programmation. Il est rare qu’un festival mêle ces deux arts.

Vous déployez cette idée à l’extrême en croisant les disciplines avec vos lieux. Quels enjeux artistiques cela crée-t-il ?

M.P. : En effet, c’est toute l’idée du « mix » : les spectacles de cirque jouent au Théâtre de l’Union, et les spectacles de théâtre au Sirque. C’est même la première fois qu’une création théâtrale (La Cerisaie d’Aurélie Van Den Daele) aura lieu au Sirque ! En ce qui concerne ma discipline, la piste circulaire est bien différente d’une scène de théâtre, ce qui change la manière d’écrire et de créer en équipe. Ainsi, dans le travail que je mène, notamment avec le metteur en scène David Gauchard, je porte une vraie attention à l’écriture narrative, ce qui est assez rare au cirque.

A.V.D.D. : Pour La Cerisaie, je souhaitais trouver un endroit qui puisse mixer intérieur et extérieur, puisque le public se déplace avec nous en déambulation. Le cadre du Sirque, dans la commune de Nexon, offre l’exploration de paysages en extérieur peu communs. Ce qui peut d’ailleurs créer des imprévus car la nature nous entoure… Jouer du théâtre dans cet écrin-là déplace forcément les regards.

Parlez-nous davantage de vos créations respectives…

A.V.D.D. : Je voulais voir comment La Cerisaie de Tchekhov pouvait résonner dans d’autres espaces qu’un théâtre. J’ai d’abord mené une expérimentation avec de jeunes acteurs et actrices au sein de l’école du Théâtre de l’Union, à Saint-Priest-Taurion, puis dans une grande halle qui appartient à la ville.

Et cela a été fort, parce que les questions autour de la vente d’une propriété, qu’aborde la pièce, me sont apparues très proches, dans ce qu’elles disent de la mémoire et du partage. Aussi cela m’a-t-il permis de renouer avec mon désir de faire du « théâtre-paysage », donc de travailler avec ce qui nous entoure et en déambulation collective. Et créer ce spectacle à Nexon me réjouit car j’adore ce village. Nous avons commencé les repérages de sites : outre le Vaisseau du Sirque, nous irions jusqu’en lisière de forêt et dans l’orangerie du château de Nexon, dont la profondeur est propice à jouer le deuxième acte de la pièce.

M.P. : Mon spectacle Commencer à exister a déjà été créé, mais reste encore « jeune ». Il est le deuxième d’une série sur les héritages. Ici, en duo avec un autre circassien, Stefan Kinsman, je cherche à confronter les souvenirs de nos éducations paternelles avec un acte performatif assez poussé. Il s’agit d’observer comment la violence masculine se transmet de génération en génération, pour tendre à une prise de conscience collective.

Et les deux spectacles invités ?

A.V.D.D. : Pour nous, ce sont des exemples de la puissance de la création contemporaine. Partie de Tamara Al Saadi traite de la retransmission, par la force du théâtre, des récits et de ce qu’il nous reste de la Première Guerre mondiale. Elle fait naître au plateau la question de la fabrication d’une pièce et enjoint le public à participer. Pour moi, c’est une expérience hautement émotionnelle.

M.P. : Je suis d’accord. Cette mise en scène fait preuve d’ingéniosité, non pour démontrer un savoir-faire théâtral mais plutôt pour renforcer l’émotion. Quant à Armour d’Arno Ferrera et Gilles Polet, c’est un spectacle de cirque proche de la danse contemporaine, qui propose une autre vision de la masculinité. Trois performeurs se livrent à un corps-à-corps intense et font émerger, à partir de là, une douceur et une vulnérabilité.  

En marge des spectacles, qu’y a-t-il de prévu ?

M.P. : Nous avons réfléchi en termes de pratiques culturelles tant dans le milieu urbain que dans le milieu rural. Ainsi, les deux premiers jours se déroulent à Limoges, avec des bords de plateau après les spectacles et une fête le vendredi. Le dimanche et le lundi sont en extérieur à Nexon, avec des ateliers cirque pour les enfants et une installation foraine, Bâton-Tonnerre. Nous voulons créer une forme festivalière conviviale, qui exploite pleinement l’idée du mi-intérieur mi-extérieur.

A.V.D.D. : Programmer ce festival sur un week-end férié est un pari, mais c’est aussi une proposition pour les familles qui ne peuvent pas partir. Tel un voyage sur quatre jours, qui déplace dans tous les sens du terme.

Propos recueillis par Hanna Laborde

Informations pratiques

Festival Mi/Mi,
du vendredi 22 au lundi 25 mai,
Limoges et Nexon (87).