Récompensée par le prix du jury, lors de Ceramic Brussels 2026, Marie Pic construit des formes en suspens, entre intérieur et extérieur, usage et contemplation. Un univers où chaque objet semble attendre qu’une histoire vienne l’habiter.
Des chaînes et des clés, une fenêtre et un portail fermés, des paires de chaussures en attente. On pourrait, en pénétrant dans la BAM galerie, se croire dans un vestibule, en visiteur indiscret d’une délicate et silencieuse scène en devenir. On explore. La facticité se révèle : anneaux, armatures, souliers et l’ensemble des objets présents sont entièrement réalisés en céramique émaillée.
Le matériau est intouchable et impénétrable
La céramique est le médium exclusif de Marie Pic. De ses études à l’école des beaux-arts de Limoges, l’artiste tire une maîtrise technique tout en s’employant, avec grande minutie, à extraire ce matériau des seules finalités d’usage, voire, à en faire l’exact opposé.
Ici, le matériau est intouchable et impénétrable. De quelque manière que Marie Pic le présente, son travail nous maintient à distance : objets morcelés et trop fragiles pour être saisis, architectures à l’échelle 1 irrémédiablement closes, décors miniatures de scènes auxquelles nous demeurons extérieurs.
Sans doute n’est-il pas inutile de s’attarder sur cette notion de seuil. Les sculptures de Marie Pic maintiennent un état suspendu dans lequel on s’attarde généralement peu. L’artiste fait volontiers référence à Aristote et sa définition de phantasia, cette capacité à imaginer, située entre la sensation et la pensée.
Les sculptures apparaissent dès lors comme des ouvroirs de possibles : la richesse des détails, inspirés d’une large histoire de l’ornementation ; le potentiel narratif des mises en scène ; la potentielle transformation suggérée par les hybridations. Un puzzle précieux et interdit que l’on aimerait recomposer à l’envi.
Hélène Dantic
Informations pratiques
« Phantasia », Marie Pic,
jusqu’au samedi 11 juillet,
BAM projects | La galerie, Bordeaux (33)