Au cœur du Pays des bastides, en Dordogne, le château de Biron accueille les aliénés du mobilier national, exposition aussi facétieuse qu’étonnante sur la seconde vie des meubles de la République française.
Depuis le XVIIe siècle, le Mobilier national est un acteur du patrimoine et de la création contemporaine. Aujourd’hui, il équipe 600 adresses, de la présidence de la République aux ministères, des représentations diplomatiques aux salles de réception.
Pièces, inaliénables devenues « aliénées »
Dans le cadre de ses missions, l’institution s’est toujours délestée, après avis d’un comité scientifique, de meubles stockés, inutilisés depuis longtemps ayant perdu leur caractère patrimonial. On parle alors de la valeur dite d’usage. Ces pièces, inaliénables, deviennent « aliénées » et peuvent alors être détruites, vendues aux Domaines, voire réutilisées pour récupérer les matériaux dont elles sont composées.
Le souhait de confier quelques meubles « démodés » à des artistes remonte aux années 1970, lorsque le décorateur Serge Royaux (1924-2016) peignait en gris clair des meubles en acajou d’époque Empire pour l’aménagement des appartements de Trianon-sous-Bois à la demande de la présidence de la République.
Redonner vie à des objets déclassés
En 2020, en pleine pandémie, Hervé Lemoine, alors directeur du Mobilier national, initie un vaste plan de soutien en faveur des artisans, des designers mais aussi des plasticiens. Ces derniers — dans l’acception la plus large des pratiques, de la broderie au travail du métal — ont une feuille de route simple : redonner vie à des objets déclassés, mais dont il faut conserver l’usage premier.
But de cette « carte blanche » ? Réinterpréter, selon sa sensibilité, ce mobilier ancien et de peu de valeur patrimoniale afin qu’il puisse réintégrer les collections du Mobilier national. Un geste oscillant entre valorisation et recyclage, démarche vertueuse et redécouverte des qualités (durabilité, esthétique, modernité).
« Quelques sorties de route »
Renouant un fructueux partenariat, entamé en 2021 avec « Noblesses des lices », puis le remeublement de trois salles, achevé cette année, le château de Biron accueille 50 (re)créations de 39 talents, sur les 350 produites, au sein d’un parcours thématique : bureau, petit salon, salle à manger, chambre.
Un foisonnement de transformations, « ayant occasionné quelques sorties de route cocasses », selon Vincent Marabout-Chambon, chef de service collections et sites patrimoniaux, à la Direction de l’archéologie, de la culture et du patrimoine du Département.
À l’image des lampes-obaké, relecture japonisante de pieds de lampes des années 1960 ; de 510-Cu, 4 chaises d’école Mullca 510, dont les assises et les dossiers ont été remplacés par des structures en cuivre gonflé sous pression par Prisca Razafindrakoto ; de Res nullius, paire de tables de décharge, qui prennent une forme de vie animale grâce à la céramiste Josepha de Vautibault.
La proposition la plus singulière et fascinante demeurant sans aucun doute Blonde Vein Luster, plafonnier à vasque d’albâtre de 1925 qui se pare d’une impressionnante chevelure naturelle grâce au Canadien Alexandre Jeanson, provoquant un trouble réel dans le regard comme si nous étions face à une méduse irréelle, toute en grâce et majesté.
Marc A. Bertin
Informations pratiques
« Les aliénés du Mobilier national »,
jusqu’au dimanche 26 novembre 2028,
château de Biron, Biron (24).