À Limoges, la Fondation d’entreprise Bernardaud prend le pouls de la création contemporaine avec sa fascinante nouvelle exposition collective baptisée » Génération céramique, quoi de neuf ? ».
Ils sont 20. 20 talents, entre 26 et 40 ans, dont 9 Français. Et, fierté locale, 6 passés par l’École nationale supérieure d’art et de design de Limoges.
« Donner la parole à une jeune scène »
Cette sélection résulte d’un appel à candidatures, lancé par la Fondation d’entreprise Bernardaud et confié à Stéphanie Le Follic-Hadida, commissaire de l’exposition, assistée d’Ingrid Montier, diplômée 2025 de l’Ensad Limoges, doctorante en Recherche et Création céramique, Université de Lettres et Sciences Humaines, Limoges. Soit une sacrée gageure au regard des délais (y compris de production) et des 111 dossiers déposés.
Pour Stéphanie Le Follic-Hadida, il y avait « l’ambition de donner la parole à une jeune scène produisant depuis le début du XXIe siècle, une période essentielle autour de la pratique de la céramique ». Comprendre, notamment, les enjeux liés aux problématiques environnementales, à l’upcycling, aux questions du genre. Une friction entre esthétique et théorique.
Glissement vers l’art contemporain
Surtout, le parcours de « Génération céramique, quoi de neuf ? » illustre le glissement progressif, manifeste et assumé, vers l’art contemporain. Matériaux hybrides et expérimentations au service d’une émancipation chez ces artisans/artistes/parfois anciens ingénieurs.
« Ils ont obtenu leur libération, ne souhaitant plus contraindre la matière, mais l’accueillir ; ce qui trahit une nouvelle relation », poursuit Stéphanie Le Follic-Hadida. Directeur de la création de Bernardaud, Frédéric Bernardaud, lui, « décèle des voies innovantes, une forme de “relève” qui fait montre d’audace, ce dont la Fondation est friande ».
Il y a du monumental (Patrick M. Ryan et ses métamorphoses organo-mécaniques fusionnant Jacob Epstein et David Cronenberg ; Kate Roberts et sa grille, suspendue, en barbotine de porcelaine comme échappée d’un songe du Sud profond) et du minimal (Shinhye You et ses insectes surnaturels). Un soupçon de grotesque (les French poodles bleu lavande de Simone Machuel ; les rebuts émaillés de Ninon Hivert) et des visions inquiétantes (le membre amputé de Chiara Bonato ; les coupes anatomiques où le nylon se greffe à l’os de Daniela Bergschneider).
Finesse halucinante
Un bestiaire fantasmé (les charivaris lourds de symboles d’Isys Hennigar, les talismans de Lisbet Thorborg Andersen, fruit d’une collecte d’insectes et de fossiles). De la virtuosité (le yacht immaculé flottant sur une mer d’huile de Charlie Voeltzel ; l’obsession des gouttes émaillées sur des formes géométriques épurées de Jean Charvet ; la finesse hallucinante de Shao Lei, véritable éloge de la fragilité et de la sérénité).
Des relectures des figures classiques (les vases de Réjean Peytavin, inspirés de techniques de tisserandes marocaines ; ceux chatoyants, débordant de vie, de Karim Boumjimar ; la beauté de l’imperfection (wabi-sabi) de Kodai Ujiie pervertissant la forme utilitaire entre surabondance et maltraitance ; les bouquets de Gabriel Rétif, relecture impressionnante du décor sur céramique et du trompe-l’œil ; les canons de la peinture classique détournés par Rémi Galtier).
Et des outsiders (les abstractions presque parfaites de Colby Charpentier, où la main se substitue à la machine ; la danse macabre automatisée et baroque de THEFORMA).
Portrait instantané d’une classe, « Génération céramique, quoi de neuf ? », frappe non seulement par sa diversité, mais aussi par sa très haute virtuosité dans les techniques, les matières, et les savoir-faire. Nul bluff. Simplement une très haute idée du travail et une parfaite connaissance de l’argile.
Marc A. Bertin
Informations pratiques
« Génération céramique, quoi de neuf ? »,
jusqu’au samedi 3 avril 2027,
Fondation d’entreprise Bernardaud, Limoges (87).