À Bayonne, L’Atalante propose une nouvelle édition du festival Rencontres sur les Docks. Du 2 au 5 avril, le public naviguera entre découvertes et dialogues transfrontaliers. Sylvie Laroque, co-directrice des lieux, déroule la bobine et raconte les coulisses.

Comment est né le festival Rencontres sur les docks ?

Le festival existe depuis le début des années 2000. Il est né d’une envie simple : sortir du flux des sorties hebdomadaires pour prendre le temps de regarder autrement les films. L’équipe de L’Atalante voulait créer un espace dédié à des œuvres peu visibles, souvent portées par des cinéastes émergents, engagés dans une démarche de création.

Dès le départ, le projet dépasse la seule projection. Le festival s’inscrit dans un lieu de vie, tel que le cinéma de L’Atalante et se pense comme un moment transversal : rencontres avec les cinéastes, propositions musicales, arts visuels.

Comment le festival a-t-il évolué depuis sa création ?

L’identité est restée la même. Un attachement au cinéma du réel. D’abord très centré sur le documentaire, le festival s’est progressivement ouvert à des formes de fiction qui prolongent ce rapport au réel, par leurs thèmes ou leurs dispositifs.

L’évolution s’est surtout faite par le biais de focales plus affirmées. Certaines éditions ont mis en avant un territoire ou un pays comme l’Iran, puis plus récemment l’Espagne, tout en gardant un lien fort avec le contexte local, notamment le cinéma basque.

Le festival reste à taille modeste, organisé en interne, ce qui garantit une cohérence dans la programmation. Mais il s’est enrichi de collaborations durables avec d’autres structures, comme la Tabakalera, un centre international de culture contemporain à Saint-Sébastien ou le festival Punto de Vista à Pampelune, permettant d’élargir les regards sans perdre son cap. 

Pourquoi consacrer à nouveau une édition au jeune cinéma espagnol ?

On observe une véritable effervescence portée par une nouvelle génération de cinéastes qui émerge, avec une énergie très forte. Des réalisateurs comme Oliver Laxe, Alauda Ruiz de Azúa ou Jonás Trueba en sont des exemples.

C’est important pour le festival de capter cette dynamique et choisir de l’accompagner sur plusieurs années plutôt que de la survoler. Travailler le jeune cinéma espagnol, c’est aussi travailler le jeune cinéma basque, avec cette idée de renforcer les liens entre les deux côtés de la frontière. 

On s’intéresse à des cinéastes très ancrés dans leurs territoires, en Catalogne, en Galice, au Pays basque, avec des films qui parlent de mémoire, de langue, de liens familiaux. Carla Simón en est une figure importante cette année, son film Romeria, était en compétition à Cannes en 2025. Et puis il y a la rencontre avec les cinéastes. Eva Libertad sera là pour ouvrir le festival avec Sorda. On accueillera aussi Aitor Arregi, Guillermo Galoe, Oier Plaza ou encore Lur Olaizola, Inge Mendioroz et Maddi Barber. 

La musique occupe une place importante dans le festival, pourquoi ?

Le festival cherche à transformer l’expérience du cinéma. La musique permet de déplacer les usages, de prolonger les films autrement, et de faire du lieu un espace réellement vivant.

Les concerts ne sont pas des à-côtés. Les propositions musicales dialoguent avec les films. Des groupes comme Maïrü ou Rüdiger participent à cette cohérence, en travaillant eux aussi des formes hybrides, entre traditions et expérimentations.

Dans un contexte parfois tendu, cette dimension participe aussi à créer un espace de partage. On vient voir des films, mais aussi rester, discuter, écouter. Le festival devient alors un temps collectif, plus ouvert, plus poreux.

Propos recueillis par Justine Chanteau

Informations pratiques

Rencontres sur les Docks,

Cinéma de L’Atalante, Bayonne (64)

2 au 5 avril