Débuté en 1995, le chantier extérieur devrait s’achever l’année prochaine avec le démontage de l’échafaudage. Les travaux reprendront à l’intérieur de l’église jusqu’en 2030.  

Voilà près de 27 ans qu’il avait commencé. Initié en 1995, le chantier de restauration de l’intégralité des façades extérieures et de la couverture de la cathédrale Saint-André, situé place Pey-Berland, en plein cœur historique de Bordeaux, va bientôt prendre fin. Une goutte d’eau dans l’histoire pluriséculaire de ce lieu qui ressort rajeuni de cette rénovation.  

« Les travaux doivent officiellement se terminer en février. Le démontage de l’échafaudage, lui, est prévu pour le mois d’avril 2024 », précise Florie Alard, conservatrice du patrimoine à la conservation régionale des monuments historiques de la DRAC Nouvelle-Aquitaine lors d’une visite du chantier.

Maquillage patrimonial

Après quasiment deux ans de travaux, la réfection de la façade sud est en train d’être achevée. Le bruit des coups de marteaux des tailleurs de pierre toujours à l’œuvre derrière les officiels prenant la parole prouve que le chantier n’est pas encore entièrement terminé. Pour autant, les progrès réalisés sont déjà immenses. Nettoyage, retaille, jointure… Les employés de la société Les compagnons de Saint-Jacques qui officient sur le site ont redonné un nouvel éclat à la bâtisse. Même si ce travail d’orfèvre n’est pas toujours facile à détecter.

« Le but, c’est aussi que l’on ne voit pas notre travail. On recrée donc l’érosion, les fissures présentes sur les autres pierres d’époque », explique Benoît Courtais, tailleur de pierre. Un maquillage patrimonial bluffant.  

Une vue inédite du port de la Lune

Une tâche révélant aussi de très belles surprises. La preuve avec la découverte d’une pierre coincée dans la maçonnerie de la cathédrale. Un élément datant sûrement de l’époque romane, selon les premières expertises. Particularité supplémentaire, il porte des traces de revêtement de couleurs. Une polychromie rare qui va être restaurée par la DRAC.

Une vue imprenable sur Bordeaux – crédit : Junkpage

Une fois les consignes de sécurité édictées, il est temps de s’équiper d’un casque de chantier pour continuer la visite haut perché, sur les toits, rénovés, de la Nef. Escalier ou ascenseur, c’est au choix, mènent à un panorama impressionnant. Difficile de rester attentif aux informations qui se succèdent devant cette vue inédite du port de la Lune à près de 30 mètres de hauteur. L’échafaudage de la flèche de Saint-Michel se dessine au loin comme un clin d’œil monumental. En bas, la ville continue son bourdonnement habituel.

« Remettre à nouveau l’ouvrage sur le métier »

Certains chiffres énoncés par Victorien Belaud, chef de chantier chargé de la couverture retiennent pourtant l’attention. La surface rénovée s’étale sur 70 mètres de long et 11 mètres de rampant [la largeur incurvée de la toiture, NDLR]. Un travail essentiel tant les anciennes ardoises étaient usées provoquant des risques de chutes ou d’infiltration. Avant la pose de ces milliers de nouvelles plaques venues d’Espagne, les charpentiers se sont démenés pour revitaliser la charpente. L’accent a aussi été mis sur l’étanchéité de la nef et l’amélioration des systèmes de désenfumage. L’installation de capteurs incendie a aussi été réalisée en 2022. Une prévention supplémentaire venant sans doute après le terrible incendie de la cathédrale Notre-Dame peut-être. 

Autre élément restauré en profondeur, les vitraux. Les plus endommagés sont déposés, restaurés ou complètement changés. Les jointures aussi sont refaites.

Un nettoyage de fond en comble… qu’il faudra forcément refaire dans 70 ans selon les normes en vigueur actuellement ! « Nos successeurs devront remettre l’ouvrage sur le métier », explique le préfet de la Gironde et de la Nouvelle-Aquitaine, aussi présent lors de la visite.

Fin de la partie extérieure, début de l’intérieur

Impossible de redescendre toutefois sans une information capitale, le coût de cette opération. Là aussi, les sommes évoquées attirent l’oreille. La rénovation des façades extérieures de ce bâtiment, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998, a coûté près de 20 M€ selon les estimations des autorités dont 4,15 M€ rien que pour la dernière phase des travaux depuis 2021. Une dernière tranche entièrement soutenue par la DRAC.

Une fois revenu sur le plancher des vaches, il est temps de rendre son casque et d’ôter un peu de la poussière d’histoire qui s’est agrippée à ses vêtements. Avant une dernière question, alors les travaux à la cathédrale de Saint-André, c’est fini pour de bon ?  Apparemment, ce n’est pas pour tout de suite…

À partir de 2024, c’est l’intérieur de la bâtisse qui sera concerné par ce chantier de revitalisation. Coût estimé : 12 M€ (dont 9,5 financés par l’État). Celui-ci doit durer jusqu’en 2030. Chance pour les fidèles et visiteurs, la cathédrale ne devrait pas fermer ses portes le temps des travaux.

Guillaume Fournier

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