Pour inaugurer son espace d’exposition transfiguré après trois ans de travaux, le musée des Arts décoratifs et du Design à Bordeaux propose une première rétrospective autour du travail de la regrettée designeuse Pauline Deltour. Bérengère Bussioz, cheffe de projets d’exposition de l’institution, nous en dit plus.

Comment avez-vous pensé cette exposition ?

En étroite collaboration avec le studio Pauline Deltour. C’est une exposition qui est née de la volonté de Constance Rubini, la directrice du MADD, et des dialogues qu’elle a eus avec Nicolas Thierry, le mari de Pauline Deltour, qui a repris le studio à la suite de son décès en 2021.

Il y a ensuite eu un comité curatorial avec Étienne Tornier, aujourd’hui directeur par intérim du musée, Konstantin Grcic, Caroline Perret, les scénographes et moi-même.

Pourquoi avoir choisi cette mise en avant du travail de Pauline Deltour pour cette réouverture ?

Nous avions très envie de mettre en avant son travail et la richesse de ce qu’elle a réalisé. Pour la première fois, quasiment toutes les dimensions de son travail sont réunies et présentées au public. Cela illustre aussi notre volonté de montrer des parcours différents, du design contemporain, des pièces qui sont encore éditées aujourd’hui. Nous voulions montrer la méthode de travail d’une designeuse contemporaine, très industrielle. Nous voulons aussi mettre en avant des figures féminines.

Comment se travaille le lien entre cette exposition et ce nouveau lieu entièrement rénové ?

Les scénographes ont fait un vrai travail d’appropriation du nouveau projet architectural pour penser la scénographie de cette exposition. Il y a quand même ce caractère assez dur d’investir une ancienne prison. Ils ont vraiment réfléchi au dialogue entre l’espace et leur scénographie.

Au-delà du lieu, l’envie était de montrer le travail de Pauline Deltour, son parcours, sa méthode, et de détailler comment un designer contemporain réfléchit, pense ses objets. Montrer l’envers du décor.

Comment cela se passe-t-il dans l’exposition ?

En donnant accès au public à des éléments auxquels il n’a pas accès habituellement. Typiquement les prototypes, les maquettes, les carnets de recherche, les croquis, les plans, des vidéos où l’on voit la production d’une chaise, par exemple.

C’est en allant puiser dans les archives du studio, en parlant avec les éditeurs avec qui elle a travaillé et en faisant une sélection que nous essayons de restituer au mieux quelle était sa méthode et comment le travail de designer s’articule avant que l’objet final soit produit. C’est une des grandes volontés de cette exposition : montrer les coulisses d’un travail parfois toujours en cours de production.

Comment décrire le travail de Pauline Deltour ?

Le titre de l’exposition est « Une apparente simplicité ». Il retranscrit l’idée d’un résultat final presque évident, simple, alors qu’un cheminement parfois assez complexe précède l’objet. C’est un peu sa façon d’envisager le design. Il y a toujours eu une attention très forte aux détails : une courbe, les matériaux, les couleurs…

Que pourra-t-on voir ?

Dix années de créations, avec près de 200 objets et 50 collections différentes. Le tout est réparti dans tout le bâtiment, y compris les douze cellules. Il ne s’agit pas d’une approche thématique ; au contraire, nous voulions mettre en avant différents aspects comme le langage industriel pour montrer aux visiteurs ce qui nourrissait ses projets.

Nous ne voulions pas un parcours redondant. Il y a un panorama très large de pièces au début de l’exposition, où tous les objets se rencontrent, et ensuite ce sont plutôt des focus.

Est-ce une exposition uniquement pour les amateurs de design ?

Non, au contraire ! L’idée de présenter son travail dans une institution publique comme la nôtre, c’est principalement d’éveiller la curiosité de tous, notamment sur des objets avec lesquels nous sommes amenés au quotidien.

Cela devrait toucher en premier lieu un public de spécialistes, mais nous déployons aussi toute une programmation autour de l’exposition pour toucher le public le plus large possible, avec des visites guidées, des cartes blanches…

Propos recueillis par Guillaume Fournier

Informations pratiques

« Pauline Deltour, une apparente simplicité »,
jusqu’au lundi 21 septembre,
musée des Arts décoratifs et du Design, Bordeaux (33).