Cette année, l’Institut des Afriques, à Bordeaux, investira un bâtiment entièrement réhabilité, rue du Mirail. Pensé comme un espace de savoirs, de création et de dialogues, il doit s’ouvrir à l’automne et prolonger l’élan interculturel que porte l’institution depuis une décennie.
« Nous voulions enfin un lieu capable de porter la richesse des Afriques dans toutes leurs expressions », résume Virginie Andriamirado, présidente de l’Institut des Afriques (IdAf). L’institution, active depuis une dizaine d’années à travers la région, s’apprête à trouver un ancrage au cœur de Bordeaux. Un geste à forte portée symbolique : c’est la première fois qu’un bâtiment est entièrement dédié à ce rôle dans la ville, à la fois centre de ressources, espace d’exposition, de formation et de création.
Loin des visions stéréotypées
En finançant, à hauteur de 2,7 M€, cette réhabilitation ambitieuse, la Région Nouvelle-Aquitaine confirme son engagement en faveur de cet institut, dont elle est à l’origine. L’initiative s’inscrit dans un contexte national où d’autres actions se font jour – on pense à la récente Maison des Mondes Africains à Paris –, mais où les enjeux de mémoire demeurent sensibles. À Bordeaux, ville marquée par l’histoire de l’esclavage et la présence dynamique de communautés africaines et afro-caribéennes, le projet prend une résonance particulière. L’objectif ? Fédérer, relier, donner à voir autrement, loin des visions stéréotypées encore trop présentes.
Le futur siège de l’Institut des Afriques sera niché au 51, rue du Mirail, entre la place de la Victoire et le quartier Saint-Michel. Il s’agit d’un ancien immeuble de fonction des personnels du lycée Montaigne voisin. Implanté sur une parcelle étroite, l’édifice de 340 m2, sur 4 niveaux, présente « un véritable défi », selon Germain Lacote, cofondateur de l’agence bordelaise Baudrimont Lacote Architectes, qui conduit le chantier.
Une architecture cousue main dans le centre ancien
Dans ce tissu urbain, dense et sauvegardé, il faut composer avec les contraintes sans dénaturer l’existant : renforcer les planchers sans fragiliser les mitoyens, intégrer un ascenseur accessible à tous dans un volume restreint, conserver les façades en pierre, et surélever les combles dans l’esprit des mansards bordelais.
La rénovation intègre aussi des améliorations énergétiques (isolation renforcée, ventilation double flux, plancher chauffant au rez-de-chaussée…). Une série de gestes précis qui témoignent d’une restauration attentive plutôt que spectaculaire. À l’intérieur, on entrera par une salle conçue pour accueillir expositions et petits formats, elle-même ouvrant sur une cour qui apporte une respiration en cœur de parcelle.
À l’étage, une salle documentaire et un espace d’enseignement recevront ateliers, formations et temps d’échanges. Les niveaux supérieurs, eux, rassembleront les bureaux individuels et collectifs. L’ensemble s’appuie sur un travail de design soigné : les architectes ont dessiné une partie du mobilier et imaginé, pour la façade, une serrurerie mêlant esprit Art nouveau et motifs géométriques inspirés du continent africain ; clin d’œil discret à l’identité de l’IdAf.
Regarder, créer, débattre
Ce nouveau siège dépasse la simple mise à disposition de bureaux et va également accueillir les associations membres de l’IdAf, proposant à l’année une programmation très variée : résidences, ateliers, projections, rencontres, actions éducatives, offrant ainsi des ressources pour le grand public comme pour les chercheurs. « L’Institut est un lieu de circulation : des mémoires, des recherches, des récits », rappelle Isabelle Kanor, art-thérapeute et membre de l’IdAf, impliquée dans différents projets, notamment autour de contes afro-descendants au musée d’Aquitaine.
Connecté au continent africain autant qu’aux diasporas d’ici, l’IdAf développe des projets professionnels, accompagne de nouvelles écritures comme des résidences littéraires avec la Villa Saint-Louis Ndar, au Sénégal, et la Villa Valmont, à Lormont. L’équipe a aussi piloté la création de supports pédagogiques de déconstruction, ainsi que des podcasts et des actions auprès des jeunes publics.
La saison 2025 de l’IdAf a rayonné dans dix villes de Nouvelle-Aquitaine et réuni plus de 3 000 participants. Son temps fort, le festival Afriques en vision, s’est imposé dans le paysage culturel régional avec des films inédits, des rencontres et des débats, notamment grâce à l’action d’universitaires. Pour la présidente Virginie Andriamirado, ce nouveau lieu permettra de consolider et d’amplifier cette dynamique, en offrant un espace identifiable, ouvert, où pourra s’incarner ce « foisonnement » du continent africain, entre création contemporaine, savoirs et engagement citoyen.
Benoit Hermet