ALISON CAVAILLE – Créatrice d’une ligne de vêtements d’allaitement qui permet d’associer confort et praticité, elle mène un combat parallèle : celui pour la liberté de nourrir librement son enfant, quel que soit son environnement. Son entreprise représente désormais des millions de chiffre d’affaires et rassemble une communauté de près de 190 000 personnes.

Credit Juliette Alix

Pas de marque sans nom percutant, surtout dans un secteur en plein éveil. Tajinebanane a puisé efficacement le sien dans le sobriquet de la famille d’Alison Cavaille. C’est auprès de ses trois enfants et de son conjoint que cette jeune entrepreneuse a fait naître son projet, il y a trois ans, à La Rochelle. «J’ai eu une dernière grossesse difficile. Une appendicite m’a contrainte à subir une opération, puis un accouchement précoce. J’ai dû rester un mois et demi à l’hôpital. J’aurais pu y rester. À ma sortie, je cherchais un moyen d’allaiter pour couvrir mes pansements tout en conservant des vêtements qui me correspondaient. »

Cloîtrée entre des offres de grandes enseignes peu alléchantes sur le plan éthique, ou pas à son goût, la jeune aide-soignante se tourne vers les t-shirts de son conjoint, ancien rugbyman professionnel. Mais les coups de ciseaux à l’emporte-pièce sur le côté du torse ne la satisfont pas longtemps. Direction l’entreprenariat. C’est auprès d’une couturière qu’elle fait dessiner un premier patron échancré, quelques semaines après son retour chez elle. Un coup de flair qui lui donne envie de se lancer. « Je suis allée voir des professionnels. Partout, on m’a dit : votre idée, c’est de la m… On m’a pas mal raccroché au nez. » Avant qu’une amie ne lui délivre le contact providentiel. « Elle connaissait une usine au Portugal. J’y suis allée dans la foulée. Je souhaitais en faire fabriquer d’abord dix. J’ai été contrainte d’en faire faire 150 directement ! » Chamboulée par la période critique qu’Alison a vécue, sa famille l’encourage. Mais une fois à la maison, les modèles qui s’entassent dans le salon doivent être vendus. C’est alors que les demandes affluent, sans même tarder. « Il s’est tout de suite passé quelque chose. » En une semaine, 3 000 personnes suivent la marque sur Instagram. Les t-shirts partent comme des petits pains.

« Peu de femmes allaitent dans l’espace public. Or, on doit pouvoir le faire dès qu’il le faut, par nécessité physiologique et pour la santé de son enfant. »

En plein milieu d’un mois d’août pourtant peu propice, son lancement d’activité fait mouche. En sortie d’étude, son jeune frère diplômé en marketing monte dans le wagon pour que l’affaire ne perde pas de rythme. Son compagnon et sa belle-sœur également. En moins de six mois, son auto-entrepreneuriat pète les plafonds. Début 2019, moins d’un an après la naissance si difficile de son petit dernier, Alison crée son entreprise en dur. En trois ans et demi, Tajinebanane a rassemblé près de 190 000 abonnés, 7 millions d’euros de chiffre d’affaires et 25 salariés. Fin 2020, cette réussite permet à l’équipe de concrétiser l’ouverture d’une première boutique à Bordeaux afin de rencontrer directement ses clients et vendre ses pièces fabriquées uniquement en Europe (Portugal, Italie et France).

Credit Guillaume Gruber

Portée par ce succès, Alison en profite pour appuyer un message. Et l’assumer partout. « On constate que peu de femmes allaitent dans l’espace public. Or, on doit pouvoir le faire dès qu’il le faut, par nécessité physiologique et pour la santé de son enfant. Ce n’est pas un acte que l’on peut prévoir et rythmer. Notre parti pris, c’est de soutenir les parents sur ce sujet de santé publique. » Ces positions l’ont amenée à se rendre récemment au ministère de l’Intérieur, à Paris. Dans le cadre d’une proposition de loi sur la création d’un délit d’entrave à l’allaitement (no 4258), elle a pu y exprimer son point de vue d’entrepreneuse, dont l’activité économique nouvelle démontre cette difficulté de société. Aujourd’hui, la communauté réunie autour de Tajinebanane permet d’allumer de nombreuses conversations en ligne sur les bienfaits de l’allaitement. Ses créateurs interviennent également sur des manifestations comme lors de la « Fête du Sleep » à Darwin (Bordeaux) en septembre dernier, qui a réuni plus de 1 500 familles lors d’un festival avec divers ateliers pour parents et enfants. « À la mi-juin, nous nous sommes même rendus à la Fondation Louis Vuitton pour exposer à l’occasion de leur Family Festival. Nous avons pu constater que nous réunissions plein de types de clients. On peut porter des vêtements d’allaitement pour plein de raisons : parce que c’est pratique, cool, parce qu’on ne peut pas faire autrement ou parce qu’on veut porter un message. » 
Thibault Clin

www.tajinebanane.fr
@tajinebanane
Boutique : 34, cours d’Alsace-et-Lorraine, Bordeaux (33)