Après un long silence, retour au jeu de l’entretien pour Alix Caillet qui forme avec Jacques Cormary et Mattia Lucchini l’insaisissable et toujours superlatif groupe Odezenne. Avec en ligne de mire, la carte blanche qu’ils organisent à La Sirène, à La Rochelle, durant le festival des Francofolies.

Comment présenter Odezenne à quelqu’un qui ne vous connaîtrait ?

Nous sommes un groupe de musique qui chante en français. Nous avons navigué entre différents styles musicaux sans jamais vraiment en épouser aucun. Nous sommes fans de rock, de rap, de sonorités plus électroniques ou punk qui ont nourri un peu toute notre esthétique musicale.

Surtout, nous ne maîtrisons pas trop ce que nous faisons quand nous écrivons des chansons ; elles arrivent à un endroit qu’on découvre à la fin de la session studio. Le mieux reste quand même d’écouter et de se faire sa propre idée.

Déjà près de 20 ans de carrière au compteur et une solide discographie, pensiez-vous en arriver là quand le groupe s’est formé ?

Nous sommes plus proches des 15 que des 20, car ce qui s’est passé entre 2006 et 2011 était très confidentiel, dans nos chambres d’étudiants — il n’y avait pas grand-chose de public, c’était plutôt la genèse. Nous n’avons jamais eu de plan de carrière, nous avons toujours tout fait pour passer du temps ensemble et la musique a été le moyen le plus évident de le faire à partir du moment où nous avons vu que ça intéressait quelques personnes.

Nous avons continué de fil en aiguille jusqu’à ce qu’il y ait des morceaux emblématiques qui nous fassent passer des paliers, comme Je veux te baiser qui a beaucoup fait parler de lui, ou Bouche à lèvres, NucléaireChaque disque a eu son morceau emblématique qui faisait qu’on avançait. Il y a toujours un morceau « locomotive » qui nous amène à la gare suivante.

Et en ce moment, à quelle gare êtes-vous rendus ?

Nous sommes à la gare Doula : les deux derniers projets que nous avons sortis l’année dernière, dont un en surprise, l’autre issu de notre dernier Bataclan. Officiellement, au niveau public, on est à ce quai et, officieusement, on regarde déjà la gare d’après avec un nouveau projet, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment !

Aujourd’hui vous êtes passés dans le rôle de révélateur de talents avec le « Grand Prix », vous allez bientôt proposer un rival au télécrochet The Voice ?

Je pense qu’on est déjà un concurrent à The Voice ou Nouvelle École sur Netflix ! Notre premier lauréat, Jean, qui a gagné en 2023, était complètement inconnu et maintenant fait des tournées nationales. Sur les plateformes de streaming, il fait des scores comparables à des gagnants de Nouvelle École, je pense.

Sur la genèse : nous recevions des tonnes de messages pour faire nos premières parties et nous nous sommes dit : est-ce que nous n’essaierions pas d’organiser un dispositif de mise en lumière des artistes ? De fil en aiguille, c’est devenu un plus gros projet, on a commencé à embarquer la SACEM et l’Adami, on a mis en place un jury avec des amis artistes comme Pomme, Zaho de Sagazan, Vitalic, Pio Marmaï… Des gens avec qui on s’entend bien et dont on apprécie la vision.

Tout le monde a accepté rapidement. Ce qui devait être un dispositif juste pour les premières parties est devenu un des meilleurs tremplins en France. Quand tu le gagnes, tu te garantis d’être intermittent, tu fais entre 20 et 40 concerts dans l’année, tu gagnes 20 000 euros de prize money, tu as une semaine de résidence dans notre studio, etc. Nous avons fait le concours que nous aurions aimé avoir quand on jouait dans les bars. I

l n’y a aussi aucune limite à l’inscription : il faut un nom de groupe, deux chansons et, oui, chanter en français. Pas besoin d’encadrement ou je ne sais quoi, c’est la musique avant tout. Vu que la première édition du Grand Prix s’est bien passée, on s’est dit pourquoi pas en faire d’autres, et on est parti sur un rythme de deux ans. Ça devient donc une activité de notre label Universeul d’organiser le Grand Prix tous les deux ans, et d’en faire un dispositif identifié, comme les Chantiers des Francofolies par exemple. Le prochain Grand Prix aura lieu en 2027.

Justement, pour les Francofolies, vous proposez une soirée Grand Prix Surprise-Partie samedi 11 juillet, à La Sirène. À quoi faut-il s’attendre ?

Nous voulions mettre en lumière les talents du Grand Prix. Il y a un gagnant, certes, mais sur les plus de 1 000 candidatures qu’on reçoit, nous en choisissons 25 qu’on soumet au jury, qui fait son choix ensuite. Quand les Francofolies nous ont proposé cette carte blanche, on s’est dit que c’était le moment parfait pour montrer les talents du concours du Grand Prix. Et ils ont dit oui.

Nous avons ensuite proposé aux 25 groupes sélectionnés des deux éditions de participer à la fête, et plus d’une dizaine d’artistes ont dit oui. Les temps de set seront assez courts, avec un peu plus de temps pour les deux lauréats, Jean et Gaëlle Joly. Odezenne sera aussi sur scène, tout comme Moussa, un super artiste qui était dans le jury.

La soirée sera clôturée par un pote à nous, un super DJ : Djedjotronic. On ne va pas s’ennuyer et on va investir toute La Sirène avec le club, la grande scène, mais aussi une scène dehors. L’idée est de proposer un environnement cool entre 18h et 2h du matin.

Durant cette soirée, y aura-t-il des « danses de mauvais goût » [comme le titre de leur morceau avec Mansfield.TYA, NDLR] ?

Malheureusement, il n’y aura pas Julia qui viendra jouer ce titre — je lui avais proposé mais elle est en tournée… Mais j’espère qu’il y aura des gens qui danseront de mauvais goût !

C’est une soirée d’un soir, ou Odezenne va bientôt revenir sur scène pour une tournée ?

Nous n’avons pas de plan pour la reprise de concerts, nous sommes plus sur la phase festivals cet été. Et après, on est plutôt en train de préparer de la musique, donc pas de visibilité là-dessus. En revanche, je fais un appel à tous les festivals qui voudraient accueillir des Grands Prix Surprise-Partie : nous sommes chauds pour nous emparer d’une scène et organiser ce genre de concert là où les gens voudront nous accueillir.

C’est aussi important pour nous de faire perdurer ce dispositif, qui nous semble essentiel pour faire émerger de nouveaux talents et construire une carrière dans un milieu extrêmement difficile. Si on peut participer à accélérer les choses pour certains, c’est super !

Propos recueillis par Guillaume Fournier

Informations pratiques

ODEZENNE – « Grand Prix Surprise-Partie » (dans le cadre des Nuits collectives des Francofolies), samedi 11 juillet 2026, 19h,
La Sirène, La Rochelle (17).