Si tout le monde connaît son iconique bovidé hilare pour un célèbre fromage, Benjamin Rabier, maître de l’animal anthropomorphe, fut également un pionnier de la bande dessinée, de la ligne claire et de l’animation. Angoulême présente une exposition truffée de splendides originaux célébrant l’apport de ce géant arrimé à notre inconscient populaire.

Actif de la fin du XIXe siècle au crépuscule des années 1930, Benjamin Rabier a bâti une œuvre conservant un charme inusable qui se perpétue aujourd’hui encore. Celui qui a si bien croqué la nature et les animaux a pourtant vécu une grande partie de sa vie en citadin. Originaire de La Roche-sur-Yon, l’enfant vit comme un déchirement son arrivée à Paris, cité exsangue encore marquée par la défaite de 1870 et les stigmates de la Commune.

Bon élève, mais contraint de travailler dès ses 16 ans, il profite de son service pour se faire la main en recopiant les grands caricaturistes : Grandville, Daumier, Gavarni. À la sortie, il trouve un boulot de fonctionnaire de nuit (il ne l’abandonnera qu’à 46 ans !), arpentant la journée les salles de rédaction avec ses premières ébauches. Cela tombe bien, la presse illustrée, en plein essor, a soif de fantaisie.

Bébête show

Pêle-Mêle, Le Rire, Gil Blas, L’Assiette au beurre, Rabier couvre les journaux populaires et essaime partout, développant un style épuré et lisible, une proto-ligne claire au service d’un humour préférant la dérision à la férocité. Caricaturant toutes les personnalités de son temps (Foottit et Chocolat), moquant les travers de ses contemporains, il commence à consteller ses dessins et bandes dessinés d’animaux qu’il humanise, ce qui lui vaut des retours enthousiastes des lecteurs.

Familier du jardin des Plantes et de l’univers circassien, il donne bientôt vie à toute une ménagerie, l’auteur prenant un malin plaisir à décrire les caractères humains via le prisme des animaux. Quand on lui offre Les Fables de La Fontaine à illustrer, un classique instantané est né. Viendront le Roman de Renart puis l’Histoire naturelle de Buffon et ses propres personnages, l’intenable Caraco, Gédéon le vilain petit canard — sa série la plus longue — ou l’héroïque chien Flambeau pendant la Grande Guerre. Il devient un incontournable de l’illustration jeunesse, dont les héros accompagneront des générations d’enfants.

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Bête de travail

Parmi les 6 000 dessins de presse et près de 250 ouvrages illustrés, l’exposition replace ainsi son apport dans la production jeunesse tout en donnant à voir son rôle de pionnier de l’animation avec trois rares dessins animés parmi les nombreux disparus. Consacré de son vivant en rentrant dans le dictionnaire et dans l’ordre de la Légion d’honneur, cet autodidacte inspirera de nombreux artistes et non des moindres. Son héros à houppette Tintin-Lutin donnera quelques pistes à un autre maître de la ligne claire…

Nicolas Trespallé

Informations pratiques

« Comédie animale. Le bestiaire animé de Benjamin Rabier », jusqu’au dimanche 30 août, Vaisseau Moebius, Angoulême (16).