Tête d’affiche de la 6e édition du festival Blaye en État d’Art, du 11 au 14 juin, l’artiste d’origine allemande, Barbara Schroeder vivant aujourd’hui à Teuillac, en Haute Gironde, se prête au jeu de l’entretien.
Comment pourrait-on présenter votre travail à quelqu’un qui ne le connaîtrait pas ?
C’est un travail ancré dans son territoire, son paysage, avec tout ce que cela comprend de relations humaines. Peu importe le médium, peinture ou porcelaine, tout est au service de ce lien profond avec le territoire où je suis. Un lien qui peut changer à tout moment selon l’endroit où je me trouve. C’est pour ça que j’aime aller en résidence pour découvrir d’autres coutumes, d’autres sociétés qui vivent ensemble.
Que pourra-t-on voir de votre œuvre lors de Blaye en État d’Art ?
S’il y a une pièce symbolique, c’est Le Banquet. Une œuvre née en 2022 qui mesurait 1,50 m et qui en mesure aujourd’hui 10 ! Elle se constitue uniquement de dons venant de personnes vivant dans le territoire où la table est montrée. Chaque objet doit être symbolique ; j’enregistre d’ailleurs les récits des personnes, que l’on entend lorsqu’on regarde la table. Une fois récupérés, tous les objets sont recouverts de bouse de vache, pour les reconnecter à la terre, au monde rural et animal.
Le succès est tel que j’ai dû créer une deuxième table, baptisée Le Sacre de Germaine, qui est celle qui sera montrée à Blaye. Il y aura aussi Denise, une sculpture en bronze, incarnation de toutes les femmes paysannes qui, jusqu’en 1999, n’avaient aucun statut ! C’est un hommage à la paysannerie. J’exposerai aussi quelques tableaux.
Qu’attendez-vous de ce festival ?
Je n’attends rien du tout. J’ai juste envie de soutenir mon territoire, qui est délaissé par la culture et ne profite pas de tous les avantages que peut procurer une grande ville. C’est vraiment par solidarité pour mon territoire que je participe. Je suis fière de là où j’habite ; c’est important de mouiller la chemise, surtout quand on veut parler du monde rural. Par ailleurs, je trouve que Fabrice Gilberdy [président du festival, NDLR] a un don pour rassembler les gens, les motiver, et j’ai vraiment envie de soutenir cette initiative.
Quel est votre rapport à ce territoire, blayais et girondin ?
Je m’y sens très attachée. J’ai eu avec mon mari un domaine viticole. La viticulture est un secteur en mauvaise forme en ce moment, ce qui donne lieu à des drames économiques et humains. Cela me rappelle l’importance des agriculteurs dans notre région. Je me bats aussi pour la notion de paysan, car ce sont des paysagistes. Ils façonnent le territoire ; là où ils ne sont plus, ça tombe en friche, ce qui a de nombreux impacts.
Aujourd’hui, comment se développe votre processus créatif ? Quel est le point de départ de votre réflexion ?
J’aime énormément partir sur la route et me confronter à cet « inconfort », loin de l’atelier. Cela me donne l’envie d’aller vers l’essentiel de ce qui m’entoure. Ma volonté est de rendre hommage à tous ceux qui nous nourrissent et qui font la beauté du monde. Je marche aussi beaucoup, car on observe davantage et on est plus sensible qu’à l’arrêt. L’idée est de remettre en avant des détails qui font la beauté du monde et que l’on ne regarde peut-être plus.
Comment continuer à avoir cet œil neuf sur quelque chose de routinier ?
Il faut s’en aller, toujours bouger, aller à la rencontre de l’autre. Actuellement, je suis invitée au Voyage à Nantes pour créer 6 œuvres monumentales à base de bouse de vache ! Je fais le lien avec les agriculteurs, et chaque sculpture portera le nom de la vache qui a contribué à sa création. Il est important pour moi de créer une histoire.
Comment en êtes-vous venue à utiliser la bouse de vache comme médium ?
Parce que je marche beaucoup en montagne l’été et il y en a partout. Je me disais que c’était un matériau intéressant. Aujourd’hui, je ne suis toujours pas au bout de ce que j’ai envie d’explorer avec elle, et j’ai l’impression qu’elle m’ouvre des portes inouïes, avec de nombreuses façons de la transformer.
Propos recueillis par Guillaume Fournier
Informations pratiques
Blaye en État d’Art, festival d’art contemporain,
du jeudi 11 au dimanche 14 juin,
Blaye (33).