Le Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux rouvre ses portes le 22 avril avec la rénovation d’une partie de ses bâtiments, puis, en 2027, avec la refonte du parcours des collections anciennes. Cette première étape, la plus importante du point de vue architectural, marque aussi le retour des expositions de design.
C’est une très belle rénovation qui s’annonce – à l’heure où j’écris ces lignes, le chantier, que j’ai visité, n’est pas encore terminé. La modernisation architecturale du Musée des Arts décoratifs et du Design (MADD) surprendra peut-être ceux qui s’attendaient à une intervention très spectaculaire. Pourtant, elle l’est.
Une intervention en deux temps au MADD
Restaurer des bâtiments classés, en plein cœur de Bordeaux, n’est jamais une mince affaire. D’où le choix d’une intervention en deux temps. Situé dans la jolie rue Bouffard, l’Hôtel de Lalande s’élève au sein d’une vaste cour d’honneur. Édifié au XVIIIe siècle par un riche parlementaire – qui, soit dit en passant, bâtit sa fortune grâce au commerce colonial –, il devint musée des arts décoratifs au cours des années 1950.
Sa restauration patrimoniale, menée par les architectes Martin Mogendorf et Marie-Pascale Mignot, s’achèvera en 2027 avec une nouvelle présentation des collections d’arts décoratifs anciens, dont certaines ont été restaurées. Entourant l’Hôtel de Lalande, plusieurs bâtiments occupaient diverses fonctions et devaient être mis aux normes, tout en retrouvant de l’unité et un peu de l’atmosphère originelle, en partie gommée par les campagnes de travaux successives.
Restaurant du musée et ancienne prison
Les maîtres d’œuvre retenus pour cette opération délicate, l’agence Antoine Dufour Architectes1, sont eux aussi spécialisés dans le domaine historique. Leur cahier des charges était de réunir à la fois le restaurant du musée, désormais agrandi, l’aile des communs, un pavillon, une deuxième cour et l’ancienne prison du XIXe siècle, qui servait autrefois de réserves.
Au début des années 2010, l’arrivée de Constance Rubini a donné un nouveau souffle à l’institution bordelaise, renommée Musée des Arts décoratifs et du Design. La directrice ouvre alors l’ancienne prison pour présenter des expositions comme celle consacrée à Martin Szekely ou à l’univers des sneakers (« Playground »), qui obtiennent un large succès. Le volet pédagogique prend lui aussi un certain essor.
Fort de cette nouvelle impulsion, avec l’appui de la Ville de Bordeaux et d’un généreux mécène (le Château Haut-Bailly), le MADD entame une nouvelle phase à partir de 2019. Le projet de fusion des espaces intègre l’amélioration des circulations, une mise aux normes globale et une dimension éco-responsable, toujours au service d’une programmation dynamique et originale.
Une sobriété affirmée
Avec sa superficie de 485 m2 et ses nouvelles verrières, la prison est toujours dédiée aux grandes expositions, d’où son vaste volume dépouillé de tout superflu. Elle se trouve désormais reliée aux espaces attenants par un sas monumental. Une des parois vitrées pourra s’ouvrir sur la petite cour grâce à un ingénieux mécanisme, notamment lors d’événements réceptifs. En partenariat avec les bureaux d’études, les architectes ont souvent repoussé les limites de la gravité, à l’image des planchers en acier de très longue portée ou des immenses vitrages qui accueillent les visiteurs à l’entrée principale.
Les bureaux des équipes, autrefois dispersés, ont été réunis sur un plateau en surplomb du parcours d’exposition, de façon à ouvrir les espaces. Tous les niveaux des sols ont été unifiés pour permettre l’accessibilité PMR en rez-de-chaussée, des ascenseurs ont été créés pour desservir les étages. Comme l’explique l’un des architectes, Aymeric Antoine, l’acier témoigne du savoir-faire industriel des entreprises et contribue à la dimension éco-responsable du projet. Tous ces éléments sont démontables et réutilisables un jour si nécessaire.
De la même façon, le chantier a permis le réemploi de deux cents tonnes de matériaux, sur place ou vers des filières de recyclage. La pierre d’origine a été mise à nue après le retrait des anciennes couches de doublage. Les architectes ont conservé les marques du temps comme les anciennes cheminées sur certains murs.
Dans les étages, des ouvertures donnent sur les rues ou les toitures voisines, laissant pénétrer la lumière naturelle. Les nouveaux sols en béton ont été travaillés comme un matériau « noble » pour créer des surfaces variées donnant un aspect contemporain et intemporel. Les dispositifs de scénographie s’insèrent harmonieusement dans ce vocabulaire sobre et affirmé, avec une mention à la Galerie des vases et sa luminosité diffuse.
Nouveaux espaces
Parmi les nouveaux espaces, le Cabinet des arts graphiques met à l’honneur l’importance du dessin dans la conception d’objets ou de décors. La salle René Buthaud réunit, quant à elle, une sélection de pièces de ce céramiste Art déco. Dans la Galerie des savoir-faire, une exposition temporaire sur la céramique célèbre l’ouverture vers d’autres cultures et le dialogue entre les époques – avec de nombreux prêts de collections françaises.
L’ancienne prison s’ouvre avec une rétrospective consacrée à Pauline Deltour, brillante étoile du design français disparue précocement. La jeune femme a multiplié les collaborations les plus diverses : tabourets colorés pour l’éditeur COR, batteries externes chics pour Lexon, vaisselle subtile pour la maison japonaise 1616 / Arita… Avec cette réouverture, voici un bel espace dans Bordeaux pour s’immerger dans les pratiques de l’art décoratif et du design.
Benoit Hermet
- Aymeric Antoine et Pierre Dufour.
informations pratiques
Musée des arts décoratifs et du design,
39 rue Bouffard, Bordeaux (33)
Inauguration de la réouverture,
le mercredi 22 avril dès 18h30
« Morceaux choisis »,
du jeudi 22 avril au lundi 31 août.
« Pauline Deltour, une apparente simplicité »,
du jeudi 22 avril au lundi 21 septembre.
« Céramiques, corps sensibles »,
du jeudi 22 avril au lundi 4 janvier 2028.