On aurait pu dégainer quelques clichés et affirmer que l’appellation Côtes de Francs est un secret bien gardé, mais mettons en avant l’aspect paysan et vertueux de l’AOP la plus élevée de Gironde à travers deux figures singulières et d’avenir.
Au son délicat et moelleux d’Un momento migliore1, on quitte bientôt Montagne Saint-Émilion, puis Puisseguin avant de passer devant le massif Château Monbadon qui constitue une des portes d’entrée dans la plus orientale des appellations girondines : Côtes de Francs.
Vignes enclavées
Vallons et courbes s’accentuent imperceptiblement, les forêts se font plus denses aussi. Pas de cultures à perte de vue mais des vignes enclavées, presque fondues dans un paysage tout à fait champêtre et rassérénant sous un doux soleil de printemps. Florian Thienpont, le guide des lieux, artisan-négociant à l’origine avec ses trois frères de Terroir de Crus et co-propriétaire du Clos Fontaine, parle de l’héritage prégnant de la polyculture, de l’inclination naturelle de Francs pour les pratiques vertueuses.
Un peu de céréales, un peu de bétail, des arbres fruitiers et quelques arpents de vignes autour de minuscules hameaux et villages dessinent l’horizon des Côtes de Francs réparties sur les trois communes Francs, Saint-Cibard et Tayac. Le tertre de Francs — reconnaissable à sa tour et au château d’eau – en est l’épicentre.
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Côtes de Francs : un outsider épatant et des atouts
L’appellation est peu étendue, « même pas 200 hectares revendiqués pour à peine une trentaine de vigneronnes et vignerons », rappelle Florian. La vallée est structurée par une combe dominée par un plateau. Le vignoble se déploie sur un ensemble de collines et coteaux calcaires remarquablement exposés à l’est, avec un dénivelé de plus de 100 mètres — le point culminant du vignoble girondin.
Cette altitude (parfaitement exotique) et cette topographie créent un microclimat singulier qui se traduit par un excellent ensoleillement et une faible pluviométrie. Une situation qui fait de Francs une appellation à part : assez proche pour bénéficier du rayonnement du Libournais, assez éloignée pour avoir échappé à la spéculation foncière et à une forme de standardisation.
La biodiversité et l’hydrologie (la zone est nervurée par de nombreux cours d’eau) offrent des atouts singuliers face au réchauffement climatique, positionnant Francs comme une appellation d’avenir. Elle est parfois considérée comme outsider de Saint-Émilion, avec une carte à jouer sur des blancs amples (des sauvignons moins thiolés) et des rouges denses mais parfaitement digestes.
Clos Fontaine : les œufs pas dans le même panier
Francs se distingue par une tradition vivace de polyculture (kiwis, pruniers, élevage) et l’exemple des Thienpont illustre cette hybridation agricole : élevage de blondes d’Aquitaine, hébergement et viticulture artisanale sur petites surfaces. Florian, Jan et Clemens maintiennent encore des poules pondeuses dans leurs vignes (qui ont pour atout principal de donner engrais et de nettoyer les ceps des nombreux parasites de la vigne), développant pour l’occasion un poulailler de pondeuses mobiles2.
À leur arrivée, en 2013, Florian et Jan ont planté des haies d’arbres sur l’ensemble du vignoble pour restaurer les couloirs écologiques et le maillage paysager. Clos Fontaine est une propriété familiale d’aujourd’hui 10 hectares. Les vignes sont composées à 100% de merlot sur plateau et coteaux. La vision à terme : cibler 20 hectares avec des productions bio diversifiées : oliviers, chênes truffiers, raisins de table, œufs.
Le Clos Fontaine 2018, dégusté sous la tonnelle et le temps d’un déjeuner, évoque tout à la fois brocard et velours pourpre. Les tannins délicatement poudreux étirent la bouche, la texture joliment. C’est un vin de gastronomie, ample et digeste. Tout ce qu’on attend d’un vin à Bordeaux ou même ailleurs.
Château Marsau : une démarche sans recette préconçue
Son refus d’aller au-delà du cuivre-soufre sans garanties d’innocuité et son passage en bio furent motivés par des raisons humaines et de santé. Malgré ses 80% de pertes en 2018, Anne-Laurence maintiendra le cap. La jeune vigneronne parle d’une démarche sans recette : observer, intervenir le moins possible, s’inspirer de lectures (La Révolution d’un seul brin de paille), tester et s’adapter aux moyens disponibles pour développer une vigne plus résiliente.
Elle le rappelle souvent, ses vins sont des vins de lieu : fins, frais et naturellement puissants et ronds, le résultat de merlots plantés sur des argilo-calcaires à forte dominante argileuse. Elle dit ne pas vouloir faire des vins « démonstratifs » et rappelle à ce propos que l’AOP produit rarement des vins très légers, contrairement à certains secteurs voisins du plateau de Castillon.
Son Château Marsau 2023 livre une partition épatante faite de pivoine et de pétales de rose. La bouche se révèle onctueuse sans jamais se départir d’une certaine fermeté. Anne-Laurence, l’âme ultra-sensible des lieux depuis 2012, construit patiemment un nectar habité et profond, enlumine un merlot qui charrie de la suavité et quelques éléments telluriques. Les Côtes de Francs ont des sols bavards, on aurait tort de les réduire au silence.
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Henry Clemens
Carnet d’adresses
Où manger ?
Le bistrot de la Gare, 1, avenue Beauséjour, Puisseguin. Du mardi au samedi, 12h15-14h, 19h15-21h. Fermé dimanche et lundi. Réservations 05 57 24 23 63
Où dormir ?
- Clos Fontaine, Le Bourg, Saint-Cibard, Tél. : 05 57 56 05 45
- Château Marsau, 475, route de la Bernarderie, Francs, Tél. : 05 57 40 67 23
- Terroir de Crus, 5, route de Laclaverie, Saint-Cibard, Tél. : 05 57 56 05 45 , contact@terroir-de-crus.com
Autres domaines
Château Moulin de Gueyraude, Domaine Haut Ventenac, Château Laulan, Vignobles Arbo, Château Puygueraud