À Limoges, le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine poursuit son exploration du programme de la commissaire d’exposition Marianne Derrien consacré à l’habit, sujet hautement polysémique avec l’exposition « Sans contrainte/Anatomie d’un vêtement ».
Pour Catherine Texier, directrice du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, ce compagnonnage au long cours avec Marianne Derrien, commissaire associée 2026-2027, « renoue symboliquement avec l’histoire du site ». Initialement imprimerie, il fut, jusqu’en 2013, un grand magasin de tissus et de confection, dont la mémoire reste vive à Limoges. Hautement convaincue par la « notion de récit familier », elle y voit aussi l’opportunité de partir du quotidien et des réalités communes.
» Envisager le vêtement comme œuvre «
Toutefois, ici, il s’agit « d’envisager le vêtement comme œuvre et non comme support de l’œuvre ». Après tout, un vêtement, on vit avec, on se déplace avec, on en hérite, on l’offre, on le donne… En outre, quel meilleur sujet pour questionner politique, sociologie, mondialisation, environnement, genre et tant d’autres sujets ?
Enfin, une épiphanie : l’installation The AmbassaDRESS de Nil Yalter, distinguée par un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière à la Biennale de Venise 2024. Bâtie autour d’une sublime robe cocktail en soie de la Maison Lanvin, ayant appartenu à l’épouse de l’ambassadeur de Turquie, l’installation de la plasticienne égyptienne, pionnière de l’art vidéo, prend l’allure d’une impossible enquête.
En effet, cette splendeur, dont elle a hérité, habillait sa première propriétaire lors d’un bal donné à Vienne en présence de dignitaires du IIIe Reich. Ce travail, entamé en 1978, entre dessins, photogrammes, film, et hyper-théâtralisé, décrit un corps absent et, surtout, un fragment d’Histoire insaisissable. Une radiographie obsessionnelle digne de Patrick Modiano.
Trésors de la collection
Invitant 6 regards, répartis entre atrium, coursives et balcon, cette première séquence « Sans contrefaçon/Anatomie d’un vêtement » convoque trésors de la collection — Cabin Street de Gilbert & George ; Leather & Denim. Copyright n°5 de General Idea ; et Joëlle Thabaraud, régionale de l’étape — et nouvelle génération, où se distingue, par la monumentalité et la maîtrise des techniques, Raphaël Barontini.
Le natif de Saint-Denis faisant feu de tout bois (Toussaint Louverture, Solitude, Dutty Boukman, Orfeu Negro) renverse subtilement les perspectives sur l’abolition de l’esclavage et affirme une réelle fierté (retrouvée) de figures héroïques, réelles ou fictionnelles. La Franco-Iranienne Chalisée Naamani explore son sujet à l’aune de l’identité culturelle. Schizophrénie du chiffon ? Frictions entre tradition persane et fast-fashion occidentale ? Portrait en creux ?
Capes mentales en velours
Plus armures que déguisements, les capes mentales en velours de Carla Adra, confectionnées avec un groupe de jeunes adultes et d’encadrantes de l’institut médico-éducatif Henri Wallon, à partir d’échanges intimes et d’écriture de récits de soi, dégagent assurance et solennité alors que sa série de photographies, détaillant par le menu le contenu de bagages, convoque la fragilité du lien maternel et la douleur de l’exil.
Les Skincapes de la Grecque Nefeli Papadimouli évoquent, quant à eux, une évidente filiation avec les costumes conçus par Pablo Picasso pour Parade, mythique ballet de 1917 de Serge Diaghilev. La preuve par 7 que l’habit ne fait pas le moine.
Marc A. Bertin
Informations pratiques
« Sans contrefaçon/Anatomie d’un vêtement »,
jusqu’au 1er septembre,
Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, Limoges (87).