Du 1er au 30 avril, Bordeaux accueille la 35e édition du rendez-vous photographique majeur dédié aux regards singuliers sur l’état du monde. Directeur artistique associé, Vincent Bengold dévoile quelques contours de la manifestation.

35e édition, n’est-ce pas vertigineux ?

450 expositions et au moins 350 photographes, cela constitue une belle histoire qui, malgré tout, se réinvente, se poursuit, et fait famille. Une continuité, une écriture singulière. Des années explorant les mutations de la photographie. Itinéraires des photographes voyageurs, a priori, sonne comme un attrape-tout, or nous documentons les mutations de la photographie et de ses sensibilités. Pour autant, l’édition 2026 se la joue plus modeste car nos finances sont en berne, mais les propositions sont audacieuses, contemporaines et emblématiques de la féminisation des candidatures (8 sur 11), des autrices exposées.

Les voyages, ici présentés, sont-ils synonymes de dépaysement ou bien d’espaces mentaux ?

Le dépaysement est double. Aller dans un nouveau territoire, y compris au bout de la rue, tout en supportant un travail d’auteur. Nos propositions ne « servent à rien », elles n’ont aucune « utilité », hormis à véhiculer des sentiments. Parfois, en amont, avec Nathalie Lamire-Fabre, lorsque nous effectuons la sélection, nous sommes surpris et découvrons des travaux totalement inédits, jamais vus auparavant. Et constituant tout ce que nous souhaitons présenter.

Événement dans l’événement, la 5e édition du prix Mentor…

…à qui nous avons porté chance car quatre des derniers lauréats sont issus des sélections bordelaises. Cette année, il se déroule à la bibliothèque Mériadeck ; une première ! C’est toujours un moment fort, en compagnie des artistes, loin du cadre convenu des cimaises. Et cela constitue un honneur désignant Bordeaux au titre des sessions nationales.

11 photographes et moins de lieux, faut-il jouer des coudes durant le mois de la photo ?

Indéniablement, la part du gâteau devient de plus en plus fine… Cette année, nous ne pouvons profiter de la cour Mably et sommes amputés d’un espace emblématique. Aussi proposons-nous beaucoup à l’espace Saint-Rémi. Toutefois, le mois de la photo ne doit pas signifier accumulation, mais qualité des propositions. Nous ne pouvons présenter que 11 propositions car nos subventions sont en berne. Notre modèle est par essence déficitaire. Donc, nous avons lancé un appel aux dons via la plateforme HelloAsso ; tout le monde peut devenir mécène, ce qui constitue un coup de pouce plus que bienvenu ! Depuis trois ans, nous sommes membres du réseau Lux — unissant festivals et foires autour de la photographie —, qui nous ouvre de nouvelles pistes, via leurs ateliers par exemple. Ce n’est pas une collection car nous avons encore des choses à montrer. Pour autant, nous n’avons jamais reçu autant de propositions aussi belles, aussi sensibles, dans un contexte global miné, notamment et récemment par l’intelligence artificielle. Nous essayons de ne voir que le beau, et non pas les nuages…

Le noir et blanc semble plus discret cette année…

…ça va, ça vient. On est dans des approches assez douces comme « Azov Horizons » de Patrick Wack, venu jadis au Rocher de Palmer, à Cenon, et vu l’an passé à Arles.

La série « Ex voto » de Céline Guillerm, propose une approche plus « plasticienne »…

…totalement, entre photographie et céramique, très glacée, presque flashy. Avec beaucoup d’émotions dans l’approche des communautés. Un regard très particulier sur ces pratiques.

Propos recueillis par Marc A. Bertin.

Informations pratiques

Itinéraires des photographes voyageurs, du mercredi 1er au jeudi 30 avril, Bordeaux (33).