Le Bordelais Thibault Cauvin, guitariste multirécompensé, se prête au jeu de l’entretien avant son passage au Pin Galant, à Mérignac, le 22 avril.
Commençons par le plus ardu : pourriez-vous vous présenter pour quelqu’un qui ne vous connaîtrait pas ?
On pourrait dire que je suis un guitariste voyageur qui aime raconter le monde avec ses notes. J’ai commencé à jouer à Bordeaux avec mon père, qui était rockeur. Entre mes 12 et 20 ans, j’étais passionné par la performance à la guitare classique, par le fait de jouer des partitions de plus en plus complexes. Je me suis pris de passion pour les compétitions de guitare et j’en ai gagné quelques-unes [36 prix internationaux, NDLR]. Après cela, j’ai donné beaucoup de concerts. Pendant 20 ans, j’ai vécu en nomade, sans maison, ni appartement, juste avec ma guitare et une petite valise… Je me suis produit dans plus de 130 pays. Des voyages qui ont coloré ma musique et forgé qui je suis.
Quelle est l’importance de la famille pour vous, notamment votre père, le guitariste Philippe Cauvin ?
J’ai hérité l’amour de la guitare de mon père. En rigolant, je dis parfois que le français est ma langue maternelle et la guitare ma langue paternelle. Mon frère Jordan a lui aussi été plongé dans cette marmite. Il s’est vite tourné vers la composition. Depuis quelques années, nous sommes très fusionnels et notre duo fonctionne très bien. C’est lui le compositeur, l’orfèvre ; moi, je suis plutôt celui qui insuffle les idées. C’est en tout cas ce qui s’est passé sur mon dernier disque, Alter Ego. Il y a aussi ma mère, qui m’a donné l’amour des mots et des récits. D’ailleurs, cet album fait écho à mon premier roman, qui se nomme aussi Alter Ego, sorti il y a quelques mois aux éditions JC Lattès.
Peut-on dire que l’album est la version musicale du livre ?
C’est une aventure pensée depuis le début comme tripartite. Ce qui me reste le plus de mes voyages, ce sont les rencontres, en particulier celles, éphémères, avec des gens qu’on ne connaissait pas et qu’on ne reverra jamais. J’ai cultivé tout cela pendant vingt ans et, il y a deux ans, j’ai passé quelques mois à choisir 15 de ces rencontres que j’ai retranscrites sous forme de nouvelles. Il y a Wong, le chauffeur de taxi de Hong Kong, Julia, la fleuriste à Rio de Janeiro… Nous avons ensuite composé l’album avec mon frère pour rendre un hommage musical à ces témoignages, aux sonorités des pays, etc. Il a été enregistré avec un sculpteur sonore, un ingénieur du son hors pair, David Wrench. Enfin, arrive la tournée, qui s’appelle aussi Alter Ego, avec l’envie de mettre tout cela en live et de communier avec le public.
Cette tournée contient un événement phare : le concert à l’opéra Garnier, « le plus beau lieu du monde » selon le chauffeur de Hong Kong que vous avez rencontré il y a 15 ans. Comment adapter cette performance, forcément unique, à d’autres salles comme celle du Pin Galant à Mérignac ?
Le concert s’appuie sur une mise en scène avec des lumières très travaillées et des tissus du monde qui se mêlent sur scène. De toute façon, chaque concert sera un temps fort, car chaque lieu est unique. Bordeaux est pour moi très précieux, car c’est ma ville d’enfance et de cœur. Chaque concert ici est un moment magique.
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Vous avez déjà célébré Bordeaux avec Guitar City, morceau présent dans votre album Cities (2012). Comment décrire la ville en musique ?
Bordeaux est l’une des plus belles villes que j’aie vues ! Évidemment, je ne suis pas extrêmement objectif car je suis bordelais, mais quand même ! (rires). Elle évolue magnifiquement : la ville était noire dans mon enfance, presque lugubre. Aujourd’hui, les pierres sont couleur miel ; c’est une ville inventive, moderne, tout en respectant son histoire. Guitar City, composé par mon père, était un peu plus sombre. Aujourd’hui, si je devais recomposer Bordeaux, ce serait beaucoup plus joyeux, doux, dans une quête de beauté — la célébration d’une certaine élégance.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concert ? À quoi doit s’attendre le spectateur ?
L’idée est de revenir aux rencontres, avec un côté très humain. Je serai seul en scène avec ma guitare. Il y aura ce travail de lumière que j’espère poétique. Ensuite, les mots me sont précieux : j’aime raconter les histoires des morceaux que je vais jouer. L’ambition est de donner des clés d’écoute, pour ne pas jouer pour les gens mais avec eux. Les partitions font écho aux rêves de chacun, je l’espère. Ces pièces sont difficiles à savourer en trois secondes sur Instagram : il faut plonger dedans, s’offrir un moment d’écoute pour embarquer, comme en voyage.
Vous voilà donc écrivain, après avoir gagné 36 prix internationaux, et joué dans les plus grandes salles du monde… Quelle est la matière qui vous pousse à avancer et à créer encore ?
Je pense que je reste un explorateur, dans les voyages comme dans la musique. Faire des duos avec des artistes avec qui, a priori, cela ne devrait pas fonctionner. Je viens de jouer avec Youssoupha il y a quelques jours : rap et guitare sont assez éloignés, mais je crois que cela fonctionne bien. Pareil pour mon duo avec -M- ou Thylacine, par exemple. À force de travail, un mélange de deux mondes se crée. C’est ce qui m’anime : chercher de nouvelles voies et rassembler les publics. J’aime tellement mes partitions que j’ai envie de les jouer pour le plus grand nombre !
Propos recueillis par Guillaume Fournier
Informations pratiques
Thibault Cauvin,Alter Ego Tour, mercredi 22 avril, 20h, Le Pin Galant, Mérignac (33).