Du 12 au 14 juin, se tiennent les journées européennes de l’archéologie ; pour l’occasion, l’Université Bordeaux Montaigne propose une mise en valeur de métiers parfois mystérieux. Lou Groscol, doctorante au laboratoire Archéosciences, rattaché à l’Université Bordeaux Montaigne, qui participera à ces journées, se prête au jeu de l’entretien.
Pouvez-vous nous présenter votre travail de recherche ?
L’idée de ma thèse est de travailler sur l’analyse matérielle de la collection Goupil tout en la replaçant dans son contexte historique. C’est-à-dire mettre en parallèle l’histoire de cette entreprise, qui fut florissante au XIXe siècle, et les révolutions techniques en cours à cette époque, et d’observer comment l’entreprise s’en est emparée ou non.
Pour y arriver, nous faisons des analyses poussées, notamment sur les pigments des estampes du fonds Goupil, qui se trouvent aujourd’hui au musée d’Aquitaine. Au niveau des pigments pour les couleurs, c’est l’apparition du synthétique, et pour le papier, il change avec l’industrialisation.
Pourquoi avoir choisi de travailler sur la maison Goupil en particulier ?
Mon travail doctoral s’intègre dans un projet régional mené par Aurélie Mounier, chercheuse au laboratoire Archéosciences. Elle a la charge du pôle couleur au sein du laboratoire. Et elle est tombée, au fil de discussions avec le musée d’Aquitaine, sur ce fonds Goupil, qui représente plus de 70 000 photographies, 46 000 estampes, entre autres, et qui se trouve dans les réserves du musée essentiellement.
Il y a déjà beaucoup de recherches du côté de l’histoire de l’art, et elle s’est posé la question de savoir comment étudier ce fonds sous l’angle technique, autour du travail de la couleur, des techniques utilisées pour obtenir les pigments, selon qu’ils soient naturels ou chimiques, et de leur datation. En fonction des résultats, tout cela fait-il de la maison Goupil une entreprise précurseur dans le domaine de l’art ? La question se pose aussi pour les papiers utilisés : vont-ils changer en fonction de la massification de la production ? C’est aussi quelque chose que nous prenons en compte.
Dans les livres d’histoire de l’art, la personne qui était à la tête de l’entreprise, Adolphe Goupil, apparaît comme un très bon commercial, qui savait améliorer ses produits. Nos recherches visent aussi à établir s’il était à ce point précurseur dans ce domaine. Utilisait-il des pigments novateurs dès qu’ils étaient brevetés ? Ce qui constitue un moyen de profiter de la révolution industrielle, mais aussi de diffuser de nouvelles technologies de l’époque.
Que représentait la maison Goupil ?
C’est une maison d’édition artistique, fondée en 1829, et qui cesse ses activités après la Première Guerre mondiale. L’apogée se situe entre les années 1850 et 1880, avec un rayonnement international et une immense diffusion dans toutes les gammes de prix.
La maison mère était à Paris, mais il y avait des succursales à Londres, à New York… À la liquidation de la maison, en 1921, un marchand d’art bordelais, Vincent Imberti, rachète le fonds, et sa famille le lègue plus tard à la Ville de Bordeaux.
Comment travaille-t-on sur les pigments des estampes de la maison Goupil ? Quels sont les outils ?
On travaille directement dans les réserves du musée, donc nous ne pouvons pas amener les estampes au laboratoire, et nous ne faisons pas de prélèvement. Donc nous avons mis en place une méthodologie non invasive et portable, avec de nombreuses méthodes jouant notamment avec la lumière. Nous avons par exemple un « petit pistolet » qui envoie des rayons X pour agiter la surface de nos estampes, lequel nous renvoie des informations à analyser que nous allons recouper ensuite.
Vous proposez durant les journées de l’archéologie un atelier de découverte, en quoi cela consiste-t-il ?
Nous essaierons de montrer comment fonctionne la recherche en archéométrie et de permettre au public de se glisser un peu dans la peau d’un chercheur. Pour cela, nous imprimerons plusieurs de nos résultats et proposerons une sorte d’enquête afin d’identifier un pigment d’une estampe. J’amènerai également certains de nos appareils, comme un microscope numérique de poche à brancher sur un ordinateur
Qu’attendez-vous d’un événement comme les journées de l’archéologie ? Donner un coup de projecteur sur des métiers moins exposés médiatiquement ?
D’abord, montrer ce que nous faisons au laboratoire et mettre en lumière l’archéométrie et la passerelle que nous avons entre les sciences et l’histoire de l’art. Puis, faire participer le citoyen à notre recherche. Pour cela, nous avons notamment une page Facebook pour retrouver des productions Goupil « dans la nature », soit en brocante ou chez des particuliers, et les inviter à nous les signaler et à nous envoyer les photos. Il est aussi possible de nous envoyer un mail : projetgoupil2024@gmail.com.
Propos recueillis par JUNKPAGE
Informations pratiques
Journées européennes de l’archéologie (JEA),
du vendredi 12 au dimanche 14 juin,
place des Martyrs-de-la-Résistance, Bordeaux (33).