Un tout nouveau centre scolaire transfrontalier basco-franco- espagnol vient d’être inauguré en début d’année à Saint-Sébastien. Une idée multiculturelle de l’enseignement, laïc et humaniste, qui vise à construire une citoyenneté européenne affranchie de la séparation administrative et linguistique de la Bidassoa.

Lancée dès la rentrée 2020, l’école Larrun (La Rhune) de Saint-Sébastien a dû patienter pour profiter de son inauguration officielle en grande pompe, repoussée à janvier dernier. Virus sans frontière oblige. Qu’importe, l’établissement s’est fixé une ambition au temps bien plus long : rassembler dans son enseignement, dès 2 ans et jusqu’au bac, les trois langues officielles du Pays basque (français, basque et castillan) afin de contribuer à l’émergence d’une citoyenneté transfrontalière unique. D’ici une quinzaine d’années, les premiers bacheliers du
« Bachibac », le double diplôme français et espagnol, en sortiront et pourront accéder par la suite à des études supérieures des deux côtés de la frontière.

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Un modèle précurseur qui vise à réhabiliter le français côté basque espagnol, négligé ces dernières années sous l’influence universelle de l’anglais. Le lycée français de « Donostia », fermé en 1998 à une époque politiquement brûlante pour l’ensemble du territoire basque, n’avait jamais été remplacé. Lui qui ne dispensait pas de véritable enseignement en langue basque. Amorcée dès 2014 par l’association française Échange Pays basque, logée à Bidart, cette nouvelle idée d’établissement a vite reçu un accueil positif de la Région Nouvelle-Aquitaine (200 000 euros d’apport), de la communauté autonome du Pays basque (qui prend en charge les salaires) et de l’Eurorégion Nouvelle- Aquitaine Euskadi Navarre. Car au-delà de contribuer au renforcement de la francophonie, Larrun souhaite favoriser in fine la mobilité économique entre les deux parties du Pays basque, pas véritablement intense. « Pour créer de la richesse, il faut créer de l’intelligence », résume Pierre Olhagaray, encore président l’association en début d’année 2022 et cheville ouvrière de Larrun. « Et on a constaté qu’il y avait une appétence des pouvoirs publics pour le projet, au-delà du rôle des lycées français, qui dépendent du ministère des Affaires étrangères, et aux frais d’inscription élevés…

Ici, les professions intermédiaires sont visées à travers des tarifs plus raisonnables (1 500 euros l’année, 4 à 5 fois moins que les écoles françaises en Espagne). Les études de faisabilité et le montage économique validés avec les collectivités, les premières classes composées de jeunes Basques espagnols mais aussi de Français expatriés ont pu découvrir leurs locaux à la rentrée 2020. Près de 450 élèves sont attendus à terme, à l’heure où seront prêts à décoller les premiers bacheliers.

Placé tout près du stade d’Anoeta de la Real Sociedad, dans un ancien établissement religieux, Larrun accueille pour le moment 77 élèves de 2 à 4 ans répartis en cinq groupes. Chaque année, un niveau supplémentaire viendra étoffer l’école. Basée sur « la coopération, la solidarité et le respect de la nature », sa pédagogie novatrice a été édifiée au sein de l’université de Mondragón (Pays basque), puis consolidée par Bordeaux Montaigne pour l’actuelle année scolaire. Ses espaces de 1 000 m2 ont été pensés par l’architecte Sara Martinez de Arbulo et le designer Jorge Elósegui (Estudio Primo) afin de soutenir des objectifs ambitieux. Leur défi : favoriser la psychomotricité dans un lieu dédié (la Salto Gela), faire profiter aux enfants d’un coin potager, de plantations et de gradins en bois pour échanger dans une ambiance apaisée. Un cadre idéal pour mettre en application une déclaration de l’Européiste convaincu Jacques Delors, érigée en slogan par l’équipe éducative sur le site internet de l’école : « La diversité des personnalités, l’autonomie et l’esprit d’initiative, voire le goût de la provocation, sont les garants de la créativité et de l’innovation. » 
Thibault Clin

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