Oyez oyez, braves gens, approchez, n’ayez pas peur, et entrez dans l’univers unique, étrange et inquiétant du terrifiant, de l’horrible, du perturbant Stéphane Blanquet. Le monsieur Loyal de l’underground graphique vous convie dans son train fantôme. Attention descente d’organes pour tous les voyageurs !
Légende de l’underground émergeant dans les années 1990, Stéphane Blanquet est un artiste total, un dessinateur vorace dont l’œuvre pléthorique et multiple se partage entre illustrations, peintures, photos, animations (avec sa complice Olive), sérigraphies, la bande dessinée n’occupant finalement qu’une part infime d’une production littéralement monstre.
Histoires marquantes
Apôtre du malaisant cradingue et mal peigné, le plasticien a pourtant signé une poignée d’histoires marquantes dans la constellation indé de l’époque que ce soit à travers son fanzine mythique Chacal Puant, ses piges dans le Lapin de l’Association (dont un mémorable fight club graphique avec Matt Konture), dans Jade ou lors de son passage chez les Québécois énervés des Taureaux des Îles aux côtés d’Henriette Valium et Julie Doucet (À l’intérieur des têtes).
Ses personnages macrocéphales si caractéristiques couplés à sa fascination organique pour le corps défaillant ou parasité se sont parés d’expressionnisme au fil des années, ses bandes se muant en théâtre d’ombres chinoises rappelant une Lotte Reiniger dégénérée avec La Vénéneuse aux deux éperons (Cornélius).
Malgré de rares incartades dans la production plus classique (un excellent Donjon Monsters) et quelques illustrations jeunesse (une Reine des Neiges enfin à la hauteur de la mélancolie morbide d’Andersen), l’homme chérit la liberté de l’autoédition et des tirages modestes.
Quand il ne dirige pas United Dead Artists, réunissant la crème des déviants mondiaux, le touche-à-tout trouve encore le temps de répondre aux sollicitations du spectacle vivant ou d’inventer des installations ad hoc comme ici, ce train « cauchemarrant » conçu spécialement pour la Cité.
Beggars Blanquet
Arrivé donc à la gare Blanquet, le visiteur est invité à mettre en branle les wagonnets sur les rails en moulinant le pédalier au son de l’indus lancinant d’une machine-outil détraquée. Tandis que des néons épileptiques, réglés sans doute par un chef op’ zombie de Mario Bava, viennent irradier successivement de jaune, mauve et bleu le décor enténébré et suintant, voilà que se dévoile un antre vagino-troglodyte, tapissé d’ombres de bombyx, de végétaux urticants, de fœtus poilus, d’insectes géants, de monstres biomécaniques, de squelettes obèses, le voyage dantesque prenant subitement du volume avec l’apparition du cadavre cartonné et repu de l’artiste dans son cercueil, pas loin d’un dormeur du val mutant visiblement cuisiné à la sauce Tchernobyl.
La matérialité de cet univers subitement en 3 D, au milieu duquel trône une table de nuit pour insomniaque, a tout d’une dérive dans un jardin des délices en putréfaction. Même si on nous incite à ne pas aller trop vite, on n’est pas loin de dérailler devant ce test de Rorschach géant. Alors prêt pour le chemin d’enfer ?
Nicolas « Black Lagoon » Trespallé
Informations pratiques
« Le train fantôme de Stéphane Blanquet »,
jusqu’au dimanche 1er novembre,
Vaisseau Moebius, Angoulême (16).
Tarifs,
À partir de 8 ans – Moins de 8 ans, accompagnement d’un adulte obligatoire
Accès libre et gratuit avec le billet du musée de la Bande dessinée.
Visiteurs non munis d’un billet du musée de la BD : 2€50 par personne