LE MOIS DE LA DANSE

Dans sa conférence dansée au Rocher de Palmer, à Cenon, Gilbert Mayer retrace l’histoire des Ballets russes de Diaghilev qui bouleversa le monde de l’art en Occident au début du XXe siècle. Avec des extraits interprétés par des danseurs de l’Opéra de Paris et la compagnie François Mauduit. 

« Les Ballets russes ont influencé tout l’art du xxe siècle dans toutes ses formes d’expression, picturales, musicales, chorégraphiques… C’est extraordinaire ! », s’exclame Gilbert Mayer, professeur de danse à l’Opéra de Paris notamment. « C’était un spectacle total. Diaghilev a réussi à réunir autour de lui une pléiade d’artistes choisis avec son infaillible intuition. » 

Secondé par le danseur de l’Opéra de Paris Aurélien Houette, Gilbert Mayer rend hommage à Serge Diaghilev, – décédé voici 90 ans, le 19 août 1929, à Venise –, lors de sa traditionnelle conférence dansée du mois de la danse, à Cenon, consacrée aux Ballets russes. « Beaucoup de chorégraphies seront travaillées uniquement pour cette soirée du 18 janvier au Rocher de Palmer », précise le maître. « C’est difficile à monter car ce répertoire n’est plus tellement donné, surtout en France. » Et pourtant, l’empreinte de ces oeuvres est incontestable sur la danse d’aujourd’hui.

De nombreux extraits seront interprétés par cinq danseurs de l’Opéra de Paris – Clémence Gross, Charline Giezendanner, Yannick Bittencourt, Antoine Kirscher (prix Carpeaux de la danse 2019), Aurélien Houette – et la compagnie François Mauduit.

Diaghilev était un esthète passionné. Un provocateur aussi, organisateur de spectacles, critique d’art, protecteur des artistes, impresario de ballet. Un maître dans son genre, capable d’exploiter le génie d’artistes et de mettre les beaux-arts au service de la scène. Il fonde les Ballets russes en 1907, une compagnie de danse composée des meilleurs éléments du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg dont Anna Pavlova et Vaslav Nijinski. La troupe se fixe à Paris, Londres, Monte-Carlo, sans attache particulière à aucun théâtre. Et ce, durant 20 ans. 

Exilé, Diaghilev favorise l’essor de talents originaux, avec des chorégraphes/danseurs qui marquèrent l’histoire de la danse du xxe siècle. La liste de ces artistes, non exhaustive, est époustouflante : Fokine, d’abord, à qui l’on doit L’Oiseau de feu, Petrouchka, Le Spectre de la rose ou Daphnis et Chloé. Il fut écarté pour Nijinsky à l’origine de deux des plus gros scandales de l’histoire de la danse, L’Après-midi d’un faune et Le Sacre du printemps. Se succédèrent ensuite Massine (Le Tricorne), Nijinska (Noces), Balanchine (Apollon musagète) puis Serge Lifar. 

Mais les Ballets russes, c’est aussi des collaborations avec des compositeurs : Rimski-Korsakov (Shéhérazade), Debussy (Jeux), Ravel (Daphnis et Chloé), Satie (Parade), Strauss, Prokofiev ou encore Stravinsky (L’Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du printemps). Côté décorateurs et costumes, on peut aussi citer Léon Bakst et Picasso.

Diaghilev « ne voulait pas ébahir les spectateurs », résume Peter Rand dans son introduction aux Ballets russes : art et design. « Il voulait les aiguillonner et leur montrer des spectacles qui les titilleraient et briseraient quelques tabous. Il utilisait les rythmes de la musique russe, la danse classique de ballet avec une chorégraphie novatrice, et des décors et des costumes éclatants pour susciter des pulsions archétypales, longtemps réprimées, qui allaient d’Éros à Thanatos. Il y parvint avec des spectacles qui exigeaient une perfection et une intégrité absolue dans chacun des aspects des différentes disciplines impliquées. » Sandrine Chatelier

Le mois de la danse, du vendredi 10 janvier au dimanche 9 février, Cenon (33).

www.cenon.fr 

Conférence dansée de Gilbert Mayer, samedi 18 janvier, 20h30, Le Rocher de Palmer, Cenon (33).

www.cenon.fr