Valeurs sûres et nouveaux venus, éloges des patrimoines, figures tutélaires, relectures des répertoires, interprètes célèbres, nouveaux talents, bord de mer et campagnes, talents de France et du monde entier, voilà un bel été.
En cette période où la politique publique de la culture fait face à bien des vents contraires, célébrer la naissance d’un nouveau festival de musique est plutôt réjouissant – et que dire quand ils sont au nombre de trois, comme c’est le cas en Nouvelle-Aquitaine en cet été 2026 ?! Premier venu, Entre-Deux-Imaginaires se tiendra l’espace d’un court week-end à Camiran, dans le Sud-Gironde rural.
Trois nouveaux festival
Cinq concerts feront dialoguer, de l’église Saint-Pierre au théâtre de verdure, musique ancienne, chant lyrique, musiques du monde et répertoire classique, en faisant la part belle aux jeunes interprètes, grâce à un partenariat avec le Conservatoire de Bordeaux : tous gratuits (mais à réservation obligatoire), ces concerts seront ponctués de moments festifs et de temps de rencontre.
Parrain du festival, Jean-Christophe Candau ouvrira les festivités à la tête de son ensemble Vox Cantoris : avec les chanteuses Clara Pertuy et Ileana Ortiz, il proposera un programme revisitant 1 000 ans d’histoire musicale aquitaine, religieuse ou profane, des polyphonies de Saint-Martial de Limoges aux chants des pèlerins de Saint-Jacques… Longue vie à l’imaginaire !
Valses de Haute-Vienne
« Puisse la musique contribuer à l’émergence de nouveaux récits, et porter en elle les parfums d’un avenir commun. » L’accroche de la 28e édition du Festival du Haut Limousin, de même qu’un joli visuel représentant un piano se fondant dans le paysage, disent assez l’ambition de la manifestation, désormais portée par la Ferme de Villefavard, Centre culturel de rencontre dirigé par la metteuse en scène Gersende Michel : trouver d’autres façons de concilier la musique et la vie, de réconcilier la musique et le vivant ; des manières plus conviviales et plus organiques de partager l’expérience artistique.
Deux semaines durant, du jeudi au dimanche, de dîners en brunchs, de concerts en balades patrimoniales, de l’écrin boisé de la grange-auditorium aux rendez-vous proposés à la Guinguette, des Leçons de ténèbres de Couperin au minimalisme de Philip Glass, on pourra vivre de nombreuses émotions sans trop s’éloigner de cette ferme il est vrai tellement hospitalière.
Surprise musicale
Le programme musical est à l’avenant, placé sous le signe de l’ouverture et de la surprise. On y croisera, justement, Les Surprises de Louis-Noël Bestion de Camboulas, ensemble associé à la Ferme jusqu’en 2028, aussi bien que l’accordéoniste Roland Romanelli, dans un hommage à sa chère Barbara, ou encore les violonistes Stéphanie-Marie Degand – en duo avec l’une de ses jeunes élèves – et Marianne Piketty – dirigeant Le Concert Idéal dans un programme Vivaldi…
Il reviendra à la pianiste Jeanne Bleuse, en solo puis en duo avec la non moins rayonnante Noémi Boutin, de conclure cette édition avec un de ces programmes originaux dont elle a le secret, dans la joie et la bonne humeur.
Itinéraire bis
Voilà déjà 25 ans que le grand organiste et chef baroque néerlandais Ton Koopman a cofondé dans sa région d’adoption le festival Itinéraire baroque en Périgord vert. Un festival, rebaptisé Itinéraire baroque, qui marie le plaisir de la musique avec celui de la découverte historique, faisant la part belle aux instruments anciens… et à la figure de Bach, à l’honneur de trois soirées faisant intervenir le maître de cérémonie, Ton Koopman himself.
En ouverture, à l’orgue, celui-ci interprétera notamment deux chaconnes récemment attribuées au compositeur, qu’il a été le premier à jouer, au milieu de pièces de Buxtehude ou Clérambault ; en clôture, à la tête de ses fidèles Amsterdam Baroque Orchestra & Choir, il nous offrira un programme mêlant cantates et extraits de la Passion selon saint Matthieu ; entre les deux, en duo avec Tini Mathot, il interprétera à deux clavecins ce sommet qu’est L’Art de la fugue…
La joie de faire de la musique à plusieurs
Volontiers buissonnier, cet Itinéraire baroque résolument européen célèbre la joie de faire de la musique à plusieurs. C’est le propos de la Compagnie Sensible, qui cherche à retrouver l’esprit des salons du début du XXe siècle. Mais aussi des Autrichiens du Calamus Consort, qui mettront le feu avec des sonates pour chalumeau et basse continue illustrant le plaisir que l’on avait, dans la Vienne baroque, à jouer ensemble. Quant à leurs compatriotes de l’Iris Consort, quatuor de flûtes baroques, elles accompagneront la chanteuse Antonia Ortner dans un florilège de frottole, brèves chansons profanes très populaires dans l’Italie du début du XVIe siècle.
Les Bataves de The Attaignant Consort traqueront en musique les imitations de la nature, là où les Français de La Rêveuse nous entraîneront dans le Londres des années 1720… Autant d’invitations au voyage que l’on aurait tort de bouder.
Goûts réunis
Succédant immédiatement à Itinéraire baroque, la 44e édition du Festival du Périgord noir ménage elle aussi une place de choix à la musique ancienne. Il y aura bien sûr les six concerts (trois grands et trois « minis ») de l’Ensemble baroque du Périgord noir, consacrés à la musique anglaise, de Purcell à Haendel. Mais il y aura aussi l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, présentant en ouverture du festival les Stabat Mater de Vivaldi et de Pergolèse.
Ou encore le récital de Lucile Boulanger, lauréate des Victoires de la Musique Classique 2025 dans la catégorie soliste instrumental, qui nous invitera, en compagnie du théorbiste Gabriel Rignol, à revenir « aux origines de la viole ». Il y aura même les mythiques Variations Goldberg de Bach interprétées au… koto par la Japonaise Mieko Miyazaki !
Car les croisements musicaux sont l’autre signature d’une manifestation où l’on pourra également applaudir le duo formé par le violoncelliste Vincent Segal et le joueur de kora Ballaké Sissoko, le pianiste jazz Paul Lay et l’accordéoniste Richard Galliano, tous deux en trio… ou encore les musiques traditionnelles klezmer et tzigane, revisitées avec entrain par le Sirba Octet. Du Voyage d’hiver de Schubert auquel nous inviteront le baryton allemand Samuel Hasselhorn et le pianiste israélo-sud-africain Ammiel Bushakevitz à une création mondiale de Régis Campo par le Quatuor Zaïde, il y en aura décidément pour tous les goûts.
Nouveaux nés
On le disait en préambule : le paysage des festivals de musique néo-aquitains accueille cette année deux autres nouvelles manifestations, l’une et l’autre dans les Pyrénées-Atlantiques. À Pau, le festival Paulyphonie initié par le jeune chef d’orchestre Florent des Boscs ambitionne de concilier musique et terroir, à travers une série de concerts associant musique et dégustations de produits locaux. Proposant plusieurs formats accessibles aux familles, ce festival résolument gourmand culminera avec le concert aux allures de feu d’artifice de la pianiste française Lise de la Salle, mêlant Liszt et Chopin.
À une soixantaine de kilomètres plus à l’ouest, l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Belloc accueillera de son côté l’édition inaugurale des Musicales de Belloc. Une initiative que l’on doit à l’organiste – et enfant du pays – Thomas Ospidal, à l’affiche de deux des trois concerts proposés : d’abord en duo avec Romain Leleu, trompettiste star, puis en soliste, en clôture, avec l’ensemble Dulce Jubilo, dirigé par le chef de chœur et compositeur Christopher Gibert, dans un programme magnifique où le Requiem de Fauré voisinera avec des pièces de Duruflé, Gibert et Thierry Escaich…
À quelques kilomètres de Belloc, le mélomane pourra en profiter pour aller se désaltérer à la chaleureuse guinguette qu’anime tout l’été la compagnie Lagunarte de Kristof Hiriart, à la tête du Centre culturel de rencontre de La Bastide-Clairence.
Heure espagnole
Et puisqu’on est au Pays basque, difficile de ne pas conclure sur le plus fameux des enfants du pays : Maurice Ravel, qui y a chaque année un festival et une académie à son nom, placés sous la direction du pianiste Bertrand Chamayou.
Le programme de cette édition est à l’image des passionnants programmes que celui-ci aime à proposer à ses auditoires : faisant la part belle aux surprises et aux raretés, traversant les époques, il prend prétexte du cent-cinquantième anniversaire de Manuel de Falla (1876-1946) pour nous entraîner à travers la musique espagnole d’hier et d’aujourd’hui.
De L’Heure espagnole – l’un des deux seuls opéras de Ravel – interprétée par l’Orchestre de l’Opéra national de Bordeaux aux chefs-d’œuvre de la littérature pour piano signés Albéniz, Mompou, Chabrier ou Debussy (par Nelson Goerner, Jean-François Heisser, Jean-Frédéric Neuburger ou Bertrand Chamayou), de la musique de chambre d’Enrique Granados et Joaquín Turina (par la grande altiste Tabea Zimmermann et le Cuarteto Quiroga) à un ciné-concert autour des films de Luis Buñuel et Salvador Dalí, cette édition s’annonce particulièrement riche en grands moments.
David Sanson
Informations pratiques
> Festival de L’Entre-Deux-Imaginaires,
du vendredi 3 au samedi 4 juillet, Camiran (33).
> Festival du Haut Limousin,
du jeudi 9 au dimanche 19 juillet,
Ferme de Villefavard et en Haute-Vienne (87).
> Itinéraire baroque,
du mercredi 29 juillet au dimanche 2 août,
Dordogne (24).
> Festival du Périgord noir,
du dimanche 2 au dimanche 16 août,
Dordogne (24).
> Paulyphonie,
du lundi 3 au samedi 8 août,
Pau (64) et Bizanos (64).
> Les Musicales de Belloc,
du samedi 8 au dimanche 16 août,
Abbaye de Belloc, Belloc (64).
> Festival et Académie Ravel,
du mardi 18 août au samedi 5 septembre,
Saint-Jean-de-Luz (64) et Ciboure (64).