À rebours de leur seule fonction nourricière et marchande, fruits et légumes deviennent, à la galerie Pompidou, à Anglet des médiateurs sensibles de notre rapport au monde. Réunissant 18 artistes internationaux, l’exposition explore les dimensions sociales, politiques et écologiques des circuits alimentaires et artistiques contemporains.
Pour qui n’est pas jardinier, la relation aux fruits et légumes se cantonne généralement à l’expérience pragmatique du choix d’un végétal sur un étal commerçant. On évalue sa désirabilité, qu’elle soit économique, gustative, esthétique ou écologique.
« L’art, comme les bons produits, nourrit autant le corps que l’esprit. »
Au travers d’une exposition dont la scénographie rejoue les allées et étals des marchés, la commissaire Anne-Laure Lestage propose d’explorer cet espace familier en le libérant de sa condition mercantile. Quand il ne s’agit plus de les consommer, quelles considérations émergent de la relation aux productions maraîchères ? Et que disent-elles de notre relation au monde et à la nature ?
Dans son propos, la curatrice souligne la proximité de l’artiste et du jardinier : « L’art, comme les bons produits, nourrit autant le corps que l’esprit. » Cette fonction nourricière partagée rassemble tout naturellement leurs productions en objets d’observation et sujets d’échange.
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Réalités sociales, politiques et économiques
Pour étayer les réflexions, les visiteurs sont invités à déambuler parmi les œuvres de 18 artistes internationaux qui portent à nos esprits les fumets sensibles des réalités sociales, politiques et économiques des systèmes de production et de diffusion.
Ainsi, s’offrent à nos regards les sculptures de Manuel Wroblewski, des reproductions de poireaux, tomates, bananes, exclusivement confectionnées à partir de cagettes récupérées sur les marchés dans une attention portée à la frugalité comme éthique de production. Ou encore les céramiques d’Agate Kalnpure qui constituent un service à fruits et légumes dans lequel chaque végétal s’est vu créer un contenant et un couvert spécifiques émaillés à sa couleur.
Le vivant comme sujet de pensée
Pour l’artiste, il s’agit de définir un usage qui correspond aux saisons naturelles de production, rappelant qu’on ne trouve pas de fraises en hiver par exemple. Aussi, les paniers conçus lors d’ateliers participatifs au marché de Quintaou par Camille Sevez et Déborah Bron, artistes invitées en résidence à Anglet ; celles-ci convient les visiteurs à s’en saisir et à initier des échanges dans l’exposition à partir des objets qu’ils contiennent.
Dans son ensemble, « Tutti Frutti » semble synthétiser un double mouvement qui se dessine ces dernières années : celui d’une re-matérialisation de l’art et celui d’une requalification du vivant comme sujet de pensée. Une exposition qui cultive le regard et l’esprit à partir d’un « attracteur » terrestre qui ne serait pas sans déplaire à Bruno Latour…
Hélène Dantic
Informations pratiques
« Tutti Frutti »,
jusqu’au samedi 19 septembre,
Galerie Pompidou, Centre d’art contemporain d’Anglet, Anglet (64).