Vallée de la Préhistoire par excellence, avec 15 sites classés au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1979, la vallée de la Vézère (du nom de la rivière qui la traverse, descendant du Massif central jusqu’à Limeuil, où elle rejoint la rivière Dordogne), c’est évidemment Lascaux mais aussi 25 grottes ornées, le musée national de Préhistoire, le Pôle d’interprétation de la Préhistoire ou le Centre International de l’Art Pariétal. Distingué au titre de « Grand Site de France », le pays de l’Homme de Cro-Magnon offre le plus impressionnant des voyages dans le temps.

ABRIS PRÉHISTORIQUES DE LAUGERIE-BASSE

Saviez-vous que les falaises ont été habitées ? Il y a 18 000 ans, sous l’effet de la cryoclastie — phénomène d’alternance de cycles de gel et de dégel de l’eau provoquant des fractures dans la roche —, ce site (à proximité de la grotte du Grand-Roc) offre à l’Homme de Cro-Magnon un abri naturel ainsi qu’une vue imprenable sur les bords de la Vézère, alors vaste paysage de steppes, plantées de bouleaux et de pins sylvestres. Idéal pour la chasse du cerf et du renne. Outre sa perspective unique et son orientation idoine, la Laugerie-Basse bénéficie d’un autre atout majeur : une source d’eau.

Découvert en 1863 par Édouard Lartet, paléontologue, et son ami Henry Christy, le site se compose de deux abris : l’abri classique, entièrement exploré, et l’abri des Marseilles, partiellement inexploré, hélas, en raison d’un effondrement de blocs de calcaire.

Inestimable trésor

Étudié à partir des années 1870, le site avait déjà révélé un inestimable trésor : la Vénus impudique — statuette féminine magdalénienne et première représentation humaine paléolithique, sculptée dans l’ivoire de mammouth — découverte par Paul Hurault de Vibraye en 1864. La Laugerie-Basse devient alors un site capital pour l’art mobilier : plus de 600 objets y sont découverts lors des fouilles ! Des artefacts ornés, gravés ou sculptés, en bois, en pierre ou en os, exprimant l’extrême raffinement d’une période qui voit l’invention de l’aiguille à chas.

Aujourd’hui, entre film 3D, habitat reconstitué et pupitres tactiles, le parcours offre une plongée au cœur des origines en un lieu (occupé jusqu’au XVIIe siècle !), inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et labellisé Grand Site de France.

LA GROTTE DU GRAND ROC

Découverte en 1924 par Jean Maury, ouverte au public dès 1927, cet inestimable joyau minéral est niché dans une impressionnante falaise surplombant la vallée de la Vézère. Pur chef-d’œuvre de la nature, offrant au regard cristaux, calcite, stalagmites et stalactites, la grotte du Grand Roc est non seulement classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, mais aussi labellisée Grand Site de France.

Une splendeur qui se mérite : 66 mètres de haut, 76 marches, 80 mètres de profondeur, un boyau d’accès de 40 mètres et 16 degrés toute l’année. Ce trésor aura occupé son découvreur, passionné de spéléologie, deux ans à creuser une galerie afin d’y accéder en suivant un mince filet d’eau le menant à cette cavité. Plus précisément, une bulle de roche imperméable, jamais habitée, où l’on découvre ébahi un fascinant catalogue de concrétions avec une abondance de trajectoires excentriques — qui ne grandissent que de quelques centimètres par siècle ! — et de fistuleuses, véritables tubes cristallins au sein desquels circule l’eau d’infiltration.

Pour appréhender l’échelle du temps, la grotte du Grand Roc est creusée dans des calcaires datant du Crétacé supérieur — entre 100,5 et 66,0 millions d’années avant notre ère… Ébloui par ce théâtre, Jean Maury baptisa plusieurs concrétions : vierge à l’Enfant, Victoire de Samothrace, rhinocéros, croix (qui le sauva d’une exploration). On pourrait aussi y distinguer d’étonnantes nappes de caramel tout en recevant sur le visages quelques gouttes, affectueusement nommées « bisous de la grotte »… Inoubliable.

PARC DU THOT

Vivre dans le Périgord, il y a 20 000 ans de cela. Impensable ? Faux ! Bienvenue au Parc du Thot, à Thonac, à proximité de Sarlat-la-Canéda. Soit un parc animalier à remonter le temps, où cohabitent près de 70 animaux, dont plusieurs espèces qui vivaient aux côtés de nos ancêtres au Protomagdalénien : aurochs, taureaux Highland, chevaux de Przewalski, bisons d’Amérique, chevaux Tarpan, cerfs, biches, daims, bouquetins des Alpes, loups.

La visite libre, au grand air, permet d’observer librement cette faune avec des médiations destinées à comprendre leur évolution et leur comportement. L’exploration se poursuit au sein de l’espace muséographique, riche de reproductions fidèles des panneaux de Lascaux, de scènes de vie de Cro-Magnon et de dispositifs immersifs (cinéma 3D et miroir temporel) pour comparer les espèces d’hier et d’aujourd’hui. Et tenter de répondre à une foule de questions. Comment vivaient les peuples préhistoriques ? Quels rapports entretenaient-ils avec les animaux ? Qu’est-ce qui a entraîné la disparition de certaines espèces emblématiques ?

À noter que le parc animalier propose des animations pendant les vacances scolaires ainsi qu’une incroyable expérience « soigneur d’un jour ».

LASCAUX II

Avant la découverte de la grotte, Lascaux (« Las Coutz », « La Coux », nom féminin dérivé de l’occitan cous ou cos signifiant un endroit pierreux) désignait une seigneurie, attestée au début du XVe siècle, sise au sommet d’une colline de la commune de Montignac.

Selon la légende, « la chapelle Sixtine de l’art pariétal » doit sa découverte, le 8 septembre 1940, à Robot, facétieux fox terrier, poursuivant un garenne, réfugié dans un trou. Or, celui-ci semble mener à une cavité… celle d’un souterrain renfermant un trésor ? Le château des comtes de La Rochefoucauld n’est en effet pas très loin…

Le 12 septembre, Marcel Ravidat, maître du chien inspiré, revient accompagné de Georges Agniel, Simon Coencas et Jacques Marsal. Peu après, ce dernier lâche le morceau à ses parents, qui, aussitôt, contactent Léon Laval, instituteur à la retraite. Les doutes sur l’ampleur de cette découverte exceptionnelle sont rapidement balayés sur la foi des croquis de Georges Estreguil et de Maurice Thaon, qui part avertir aussitôt l’abbé Breuil, réfugié en Corrèze.

Ensemble exceptionnel d’art pariétal

Le 21 septembre 1940, flanqué du chanoine Jean Boussonie et du docteur André Cheynier, l’abbé Breuil est alors le premier spécialiste à visiter Lascaux. Le 27 décembre, par arrêté, la grotte est classée au titre des monuments historiques.

Or, que renferme-t-elle ? Un ensemble exceptionnel d’art pariétal, classé au patrimoine mondial de l’humanité. Ni plus, ni moins. Déployées sur 230 mètres de galeries, ses peintures et ses gravures en font par la densité l’une des grottes ornées majeures de l’art pariétal européen. Soit 2 000 figures recensées, 915 représentant des animaux, où domine le cheval avec 364 occurrences.

Viennent ensuite les bovidés (aurochs et bisons) avec 105 individus, puis les cerfs avec 90 représentations. D’autres espèces apparaissent plus rarement : sept félins, un ours, un oiseau, un rhinocéros laineux, quelques bouquetins ainsi que des formes difficiles à identifier.

Inoubliable Salle des Taureaux

Dans la Salle des Taureaux, visible à Lascaux II, se trouve la célèbre « licorne », baptisée par l’abbé Breuil en raison de l’apparence singulière de ses cornes, qui continue d’intriguer chercheurs et visiteurs. La grotte comporte également une représentation humaine associée à une scène située au fond du Puits — un épisode unique dans l’art pariétal européen, absent du parcours de Lascaux II mais essentiel dans la compréhension globale du site.

Outre ces figures animales, environ 400 signes abstraits ponctuent parois et plafonds. Leur signification ? Inconnue. Symboles liés à des croyances ? Marqueurs sociaux ? Les hypothèses se bousculent. Et que dire de ces signes quadrangulaires particulièrement singuliers ? Très rares en France, ils ne sont connus qu’à Lascaux et dans la grotte de Gabillou, à Sourzac.

Ouverte au public dès 1948, Lascaux connaît un engouement inouï : 30 000 visiteurs par an en 1955, 100 000 au début des années 1960. Cette affluence massive entraîne l’apparition de moisissures dès 1949, puis une recalcification des parois. La fine couche de calcite (et un éboulement à son entrée) ayant favorisé la remarquable conservation des œuvres pendant plus de 21 000 ans souffre de la sur-fréquentation. Face à ces « maladies », André Malraux décide de fermer définitivement la grotte le 18 avril 1963, qui devient un laboratoire scientifique, consacré à l’étude et à la conservation des grottes ornées.

Premier fac-similé de grotte au monde

Situé à seulement 200 mètres de la grotte originale, fidèle reproduction — volumes, reliefs et peintures —, à l’échelle 1, du sol à la voûte, Lascaux II, ouverte en 1983, est le premier fac-similé de grotte au monde, né d’un défi : préserver l’originale tout en permettant au public de continuer à découvrir ses chefs-d’œuvre. Lascaux II, ce sont deux espaces majeurs : la Salle des Taureaux et le Diverticule axial.

Initié en 1971, le projet est conduit par l’artiste peintre Monique Peytral, aux côtés des sculpteurs Bernard Augst et Pierre Weber, sous la direction scientifique de préhistoriens, dont le professeur André Leroi-Gourhan.

Son implantation, dans une ancienne carrière, s’appuie sur les relevés réalisés par l’Institut géographique national grâce à une technique photographique en relief, la stéréophotogrammétrie. Ces relevés prennent forme au mortier associé à une structure en fer, dans une démarche très proche de la sculpture. Le mortier (ciment mêlé de chaux) permettant de modeler directement la surface, de corriger, gratter ou ajouter de la matière, en s’appuyant sur l’observation et le toucher pour reproduire parfaitement les reliefs de la grotte. Du marbre de Carrare a également été utilisé pour imiter la calcite, dont la composition chimique est très proche, garantissant une réplique fidèle de la grotte de Lascaux.

Guidée par la lueur d’une torche, la visite, par une température de 13°, s’apparente à une expérience immersive entre obscurité, fraîcheur, humidité, et effluves souterrains.

Vertige assuré à la contemplation infinie de cette munificence, réalisée alors à la flamme vacillante de lampes à graisse, avec des sarbacanes recourbées, des pochoirs manuels, des pigments naturels (oxydes de fer) et un échafaudage pour le plafond peint couché… Vache noire, frise des cerfs, mufle de bison, salle des taureaux, bisons adossés, syndrome de Stendhal garanti. Toutefois, le plus fascinant n’est-il pas de savoir que ce joyau du génie humain fut abandonné une fois le chef-d’œuvre accompli…

LASCAUX IV

Cette année, Lascaux IV fête ses 10 ans. 10 ans déjà que ce fac-similé, représentant l’intégralité de la grotte originale (la Salle des Taureaux, le Diverticule axial avec le Cheval renversé, la Scène du Puits, la Nef où l’on retrouve notamment le Panneau de l’Empreinte, la Grande Vache noire et les Bisons adossés), convie au rêve, à l’imagination et à la découverte des traces de nos ancêtres.

Une expérience inégalée et inégalable — on parle ici d’une précision de 16 mm du relief sans la moindre aspérité ni fissure —, aux formules nombreuses et adaptées pour appréhender le fabuleux destin de cette grotte unique au monde, explorer l’époque de la Préhistoire, et faire l’expérience du meilleur des nouvelles technologies.

2 ans de chantier

Imaginé par l’agence Snøhetta et Casson Mann, Lascaux IV, cette « faille », inspirée des paysages de la vallée de la Vézère, fruit de 2 ans de chantier, ce sont 6 espaces scénographiques sur 8 000 m2. Grâce à l’expertise et aux techniques de l’Atelier des Fac-Similés du Périgord, l’entièreté de la grotte originale a été reproduite. Technologie de pointe et recherche scientifique approfondie s’associent pour un voyage hors du commun, étoffé d’espaces offrant une meilleure compréhension de l’art pariétal.

Du belvédère avec vue sur la vallée de la Vézère — classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO —, à la réplique de la grotte, tout participe à l’immersion absolue.

À l’Atelier, les principaux panneaux de Lascaux, dans une scénographie résolument moderne, sont enrichis de compagnons de visite pour offrir commentaires et réalité augmentée. Au théâtre, à travers des « scénettes », trois périodes fondatrices de notre connaissance sur la Préhistoire, le public devient témoin de découvertes et de révolutions scientifiques.

Au cinéma, Lascaux et le Monde propose une approche philosophique de la visite de la grotte originale et des différentes grottes ornées du monde, tandis que la galerie de l’Imaginaire explore le lien entre l’art pariétal et l’art contemporain (Miró, Tàpies ou encore Picasso).

Marc A. Bertin