LE RESTAURANT DU CONFORT MODERNE

On aurait pu dénicher une adresse sur le Plateau, mais on a traversé le Clain pour rééquilibrer le débat comme il se doit.

Lorsqu’en décembre 2017, le Confort moderne rouvre enfin rue du Faubourg-du-Pont-Neuf, le site accueille un vaste restaurant, modulable à la belle saison avec son agréable jardin. Une évidence peut-être, mais combien de lieux de diffusion sont-ils dotés d’une table digne de ce nom privilégiant au mieux un self-service, au pire un distributeur de sandwiches triangle et de sodas ?

Ce qui plaît d’emblée, c’est le sentiment d’espace tant par la hauteur sous plafond que par les verrières et les immenses baies vitrées invitant à la contemplation. 65 couverts, un bar en longueur, un lounge (avec une impeccable sélection prêtée par la Galerie du xxe siècle), un mobilier cantine, un jukebox, de la pierre apparente et des éclats industriels… ce qui pourrait prendre l’allure d’un mélange de genres disgracieux fait au contraire sens. En un mot comme en cent, une fois passé la porte, on s’y sent bien. Détail important : la salle intérieure occupe l’espace le plus ancien de la friche. Supplément d’âme ? Sédimentation chère à l’histoire du Confort ?

Et dans l’assiette ? Du fait maison, simple, facile à envoyer, mais d’une très haute tenue. Un coup d’oeil à la carte d’hiver vaut mieux qu’un long discours ‑ soupe à l’oignon, poke bowl, Scotch egg, pièce du boucher, curry de légumes, pad thaï de boeuf –, on oscille entre brasserie et saveurs du monde sans se rouler dans la fange bistronomique. La clientèle ‑ de plus en plus nombreuse ‑ ne s’y trompe pas. Habitués du Confort, personnel des écoles, du CHU, des assurances et des banques du quartier, le brassage est heureux. De toute façon, hormis la table mythique des soeurs Jolly (173, rue de la Pierre-Levée), le coin n’a jamais joui d’une réputation de haut lieu gastronomique.
Ce, vendredi-là, jour du poisson oblige, c’était aïoli du Poitou. Soit un dos de cabillaud (plutôt Terre-Neuve que la Vienne, convenons-en), légumes vapeur et aïoli. Copieux, cuit parfaitement et du croquant sous la dent (13 €). Puis, une mousse ricotta, compotée d’agrumes et biscuit qui a bien calé l’estomac (4 €).

Vu que l’on cause pognon, inutile d’avoir des palpitations, ici, on n’assomme pas : entrée + plat du jour ou curry de légumes 14 € ; plat du jour ou curry de légumes + dessert 14 € ; entrée + plat du jour / curry de légumes + dessert 18 € ; formule enfant 7 €. Certaines tables plus au sud du 86 feraient bien de s’en inspirer…
On apprécie également de venir au fil des saisons pour savourer les changements de menu et autres douceurs comme la citronnade maison. Et, dans le registre « douceur », les cocktails valent plus que le détour, concoctés par un expert en la matière, qui fit les riches heures du défunt caboulot Chez Michel, où l’on appréciait tant les créations que les relectures des classiques. L’affable bartender nous a bluffés avec un Milk Punch (vodka, citron vert, fruit de la passion, sucre, lait et beurre noisette) servi dans un tumbler avec glaçon cubique découpé sur mesure, orné d’un zeste d’agrume. On ne va pas se mentir, il était trop tôt (17h à la LIP), mais on en aurait bien sifflé 17. Marc A. Bertin

Restaurant du Confort Moderne
185, rue du Faubourg-du-Pont-Neuf
86000 Poitiers
Du lundi au vendredi de 12h à 15h, vendredi soir à partir de 17h
Réservations : 07 66 81 21 04
www.confort-moderne.fr