Nation of Language, un trio new-yorkais qui paraît tout droit sorti de l’Angleterre de Thatcher. Mélancolique et majestueux, le groupe tient toutes ses promesses sur scène, comme il s’apprête à le montrer à Bordeaux.
Tout a commencé par une madeleine de Proust : Ian Richard Devaney entend Electricity d’Orchestral Manœuvres in the Dark à la radio et se remémore son enfance passée à écouter les artistes chéris par son paternel, The Clash et New Order en tête. Après plusieurs années à vivoter dans des formations new-yorkaises, il troque les guitares pour les synthés et les boîtes à rythmes, soudainement fasciné par la mélancolie glaciale de la synthpop des années 1980.
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« NOL » transpire l’angoisse synthétique
C’est donc accompagné d’Aidan Noell aux claviers et de Michael Sue-Poi à la basse (bientôt remplacé par Alex MacKay), qu’il sort l’auto-produit Introduction, Presence en plein confinement ; dans l’impossibilité de défendre l’album sur scène, le trio concentre tous ses efforts sur un deuxième opus (le magnifique A Way Forward) publié par les esthètes londoniens de Play It Again Sam.
Une collaboration somme toute logique tant la musique de « NOL » transpire l’angoisse synthétique des groupes britanniques ayant pullulé sous Thatcher (Gary Numan, The Human League, Duran Duran…). Dans ses plus beaux moments, la voix de Devaney n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle du regretté Mark Hollis de Talk Talk.
Bien sûr, on nous a déjà fait le coup du revival 80s des centaines de fois, mais l’honnêteté artistique et la beauté des compositions de Devaney surpassent le simple exercice de pastiche, sans s’interdire quelques pas de côté en territoire shoegaze, par exemple. Les fans de new wave de la première heure ne s’y trompent pas et se ruent, tous âges confondus, aux concerts souvent chargés en émotions des trois Américains. Leur passage en région est donc un petit miracle à apprécier à sa juste valeur.
Benjamin Brunet
Informations pratiques
Nation of Language,
mercredi 24 juin, 20h30,
Rock School Barbey, Bordeaux (33).