Le centre d’art contemporain de Châtellerault expose les œuvres de Marianne Vieulès. La lauréate du prix Marguerite Moreau explore l’imaginaire de la conquête spatiale pour en révéler les ressorts plus ambigus, entre fascination scientifique, croyances collectives, et logiques de contrôle.
Si l’on en croit Internet, le portrait de Jésus peut surgir dans un pancake, alors pourquoi pas faire apparaître celui de Youri Gagarine sur untoast ? Dans Breakfast Youri, Marianne Vieulès détourne le mème christique en version cosmonaute.
Entre réalité et fiction
À partir d’une simple tranche de pain grillée, l’artiste télescope les registres de savoirs et de croyances qui nourrissent les projections les plus fertiles. Utilisant le low tech et naviguant entre réalité et fiction, elle explore le thème de la conquête spatiale, un domaine où les techniques scientifiques fascinent et où l’imaginaire populaire abreuve sa soif d’innovation et de liberté.
Mais, au fil de l’exposition, et malgré l’aspect ludique des œuvres, l’artiste offre une tout autre expérience. Endurance prend la forme d’un carrousel de vélos, une évocation de centrifugeuse activée par les participants. On pédale, on accélère, on tourne. La vitesse maximale reste inconnue et le mouvement ne s’arrête qu’en se coordonnant : une dynamique collective dont la finalité demeure incertaine. Le danger émerge.
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Des météorites qui s’ennuient
Les nouvelles productions prolongent ce trouble. Sur des rideaux manipulables, des scènes se jouent : des météorites arrivées sur Terre, stoppées dans leur course, s’ennuient. Elles cherchent le frisson en adoptant des pratiques humaines : à l’assaut des sommets, en sauts en parachute…
Derrière ces situations absurdes, le grinçant affleure. De petites fusées en porcelaine sont également exposées. Leur origine est explicite : des DIY pour fabriquer des missiles à larguer par drones. Afin de stabiliser leur trajectoire, il suffirait d’utiliser de simples volants de badminton. Rien de plus accessible.
Un rappel s’impose : la conquête spatiale est intimement liée à l’histoire militaire. Internet aussi. Irrémédiablement, l’infiniment grand se voit rattrapé par la petitesse de l’impérialisme et par ses logiques de performance et de contrôle. À bien regarder, cette volonté de maîtrise est largement présente dans l’exposition : des horloges mesurant le temps d’autres planètes, des chaises d’arbitres qui se déplacent, des fragments de boucliers thermiques réorganisés en puzzle. Rien d’anodin, dès lors, à ce que l’un des sites de l’exposition occupe une ancienne manufacture d’armes.
Hélène Dantic
Informations pratiques
« I did not fall and I did have fun », Marianne Vieulès,
jusqu’au vendredi 17 juillet,
Centre d’art contemporain de Châtellerault, Châtellerault (86).