Le festival Gribouillis dédié à la bande dessinée, au livre jeunesse et au dessin s’ouvre ce jeudi 14 septembre à Bordeaux. Il propose entre autres réjouissances une exposition avec une artiste protéiforme, Amandine Meyer. Celle-ci a accepté de se livrer à l’exercice de l’entretien.

Entre illustration, bande dessinée, gravure, sculpture, œuvres éphémères in situ, commandes pour la jeunesse et film d’animation, le travail d’Amandine Meyer révèle un monde cryptique filandreux, peuplé d’enfants furetant dans des paysages luxuriants, à mi-chemin de l’imagerie folklorique de Hansi, des enluminures médiévales et des visions hallucinées de Henry Darger.

L’artiste mosellane sera l’une des têtes d’affiche de la 3e édition du festival bordelais Gribouillis qui lui consacre une exposition à découvrir à la Bakery Art Gallery.

On retrouve dans votre œuvre des motifs récurrents, le couple garçonnet-fillette, des bébés replets, la luxuriance d’un monde naturel préservé. Il y a aussi ce goût manifeste pour la métamorphose et l’hybridation dans un Éden qui se trouble peu à peu, comme si les corps et les végétaux cachaient d’autres dimensions, presque ésotériques. Vous semblez sonder la part inconsciente de l’enfance, mais aussi plus largement de l’enfantement…

Je suis quelqu’un de très angoissé, ça ressort toujours (rires) ! Histoire décolorée (Misma) est composé de plein d’histoires courtes parues dans mes fanzines et de nouvelles histoires imaginées à partir de mes réflexions. C’est comme un journal de ma vie, de mes peurs, transformé en conte. Eaux fortes (Misma) est fait d’une série de gravures, cela implique un temps de création différent par rapport au dessin à l’encre. Chaque image a une valeur particulière, c’est comme un tableau.

gribouillis-festival-bd-amandine-meyer-dessin-bordeaux-exposition
Extrait d’Eaux fortes (Misma) , Amandine Meyer

C’est un livre sur des « rêves de livres », tous ces livres que je ne pouvais faire par manque de temps. On ne voit qu’une image ou deux, des bouts d’histoires… La question de la maternité traverse mon travail. J’ai retrouvé une série de dessins dans un de mes vieux fanzines de l’époque des Beaux-Arts, où je montrais une jeune fille qui se mettait un sein sur la figure, un motif que j’ai exploité dans mon film d’animation quinze ans plus tard. Entre-temps j’étais devenue maman, je trouvais intéressant de voir ce que je pouvais faire de cette petite fille aujourd’hui.

Le choix de vous passer de textes rajoute à l’aspect énigmatique de vos dessins.

Je ne souhaite pas faire du dessin purement narratif. J’aime bien qu’il y ait une image centrale et quelque chose qui se raconte autour, derrière ou entre les images. Je ne pouvais atteindre cette profondeur en rajoutant du texte. Je laisse juste un titre pour orienter le regard du lecteur.

Avez-vous eu des surprises parfois quant à l’interprétation de vos images ?

Lors d’une dédicace pour Histoire décolorée, Charles Berberian a voulu qu’on fasse chacun une lecture de nos livres. J’ai refusé car le mien est muet. Il s’en est emparé et en a fait une lecture à voix haute ! Lui-même a été surpris de l’histoire qu’il était en train de raconter en direct. J’ai trouvé ça génial, il racontait exactement ce que j’avais en tête.

Cela m’a surprise, je n’aurais jamais osé. Je me trouve toujours pauvre en mots, mais j’adore quand les gens racontent mes ouvrages. Ce sont toujours des expériences intéressantes.

Comment concevez-vous vos livres à partir de dessins en apparence si autonomes ?

C’est un vrai casse-tête, c’est le travail le plus long. Pour Le Naufrage enchanté de Tête d’Œuf et des enfants chewing-gum (ION), je changeais toujours la disposition des dessins. J’ai tout envoyé à l’éditeur Benoît Preteseille. Il m’a proposé son ordre. J’étais stupéfaite, il était parvenu à raconter une histoire d’amour avec !

Mes premières bandes dessinées étaient des collections de dessins spontanés.

Vos dessins semblent à la fois libres et très réfléchis.

Mes premières bandes dessinées étaient des collections de dessins spontanés. Un dessin me faisait penser à un autre qui partait dans une autre direction, etc.

Désormais, j’évolue vers un entre-deux. Avant je ne faisais pas de crayonné. Maintenant mon dessin est plus précis. Après l’expérience de la gravure, mon trait s’est affiné. J’ai envie de garder cette spontanéité mais aussi d’aller vers une narration plus serrée.

Vous avez signé un court métrage d’animation Histoire pour 2 trompettes, lauréat du prix André Martin au festival d’Annecy l’an dernier. Cela vous donne-t-il des envies de long ?

Le format court permet beaucoup de liberté ce que ne permet pas le long métrage. Là je peux être animatrice et réalisatrice, mettre la main à la pâte. J’ai vu des personnes faire des films toutes seules mais c’est chronophage.

J’adore travailler avec les musiciens, je voudrais le refaire. J’ai une petite idée de film en pixilation [technique d’animation en stop-motion, ndlr], mais c’est encore trop tôt pour en parler.

Vous animez régulièrement des ateliers en crèche, la relation avec le public particulier de la petite enfance a-t-il un impact direct ou indirect sur votre travail ?

J’ai toujours fait des ateliers avec tout type de public. C’est intéressant d’avoir des temps d’échange, avec des bébés en particulier. C’est un peu comme du théâtre d’improvisation. Je passe beaucoup de temps, seule chez moi, alors faire un spectacle, c’est tellement différent de ma pratique.

Je fais des « performances » avec un sac de fils, rien n’est préparé. Je peux tendre un fil, en faire une boule, raconter que c’est un poisson, le mettre sur la tête, m’en vêtir, les bébés s’en emparent. C’est un trait dans l’espace, tout est possible.

Propos recueillis par Nicolas Trespallé

Informations pratiques

« L’eau vive », Amandine Meyer,
jusqu’au lundi 25 septembre,
Bakery Art Gallery, Bordeaux (33).

Visite-goûter en présence de l’artiste, mercredi 13 septembre, à 16h.

Festival Gribouillis,
du jeudi 14 au dimanche 17 septembre,
Bordeaux (33).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *