Poursuivant sa réflexion entre les arts et le Vivant, la Fondation Martell, à Cognac, invite 9 propositions sur l’interconnexion entre espèces avec l’exposition « le singe et l’argile ».

« Comment les créateurs aident-ils à penser les transitions éco-sociologiques ? En 2026, il faut envisager la suite, car, après le constat, comment engager de nouveaux liens et de nouvelles collaborations ? »

Anne-Claire Duprat, directrice de la Fondation Martell, a toujours l’art de poser le cadre. Ainsi, l’an dernier,« Memo. Souvenirs du futur »conviait artistes et designers à tisser des liens entre mémoire et avenir de l’environnement.

Etonnante fable

Aujourd’hui, neuf artistes — Tania Candiani, Aki Inomata, Bagus Pandega, Agnieszka Polska, Lin May Saeed, Shimabuku, Jessica Warboys, Trevor Yeung et Robert Zhao Renhui — tentent de délivrer la morale de cette étonnante fable « Le Singe et l’Argile ».

Leurs travaux respectifs concentrent plus d’une réflexion traversant le champ de l’art contemporain face aux sujets environnementaux. Peut-être sous l’influence du plus célèbre fabuliste français, Jean de La Fontaine, pour qui, dans L’Âne et le Chien, « Il faut s’entraider, c’est la loi de la nature » ?

Placée sous le commissariat d’Émilie Villez, ancienne directrice de la Fondation Kadist entre 2013 et 2023, « Le Singe et l’Argile » se penche ainsi sur les collaborations interespèces et le principe d’interdépendance. En effet, que serait l’homme, au hasard, sans flore intestinale ou sans abeilles ?

Et quelle plus parfaite démonstration que Hyperpnea Green (2024) de Bagus Pandega, installation digne d’un hacker, qui, tout à la fois, libère de l’oxygène à la détection du dioxyde de carbone expiré par les visiteurs et active des boîtes à musique en décelant le moindre mouvement ? Tout en pointant l’extraction industrielle des minerais en Indonésie. Sa plante-cerveau, juchée au sommet de l’installation, nous survivra sans le moindre doute.

Forêt hybride

De son côté, Aki Inomata, rompue à la cocréation avec des bernard-l’ermite, des castors ou des huîtres perlières, a travaillé avec un atelier de teinture au Japon afin de réaliser des cocons protecteurs destinés aux larves de Psychidae (le ver à sac), combinant les savoir-faire des techniques de teinte par nouage et les techniques utilisées par les larves ; Passing her a piece of cloth (2022) recréant une espèce de forêt hybride, où s’estompe la frontière entre artificialité et habitat naturel.

Réputé pour ses actions performatives, dénonçant non sans malice l’absurdité des comportements humains, son compatriote Shimabuku présente une de ses œuvres emblématiques The Snow Monkeys of Texas: Do snow monkeys remember snow mountains? (2016), questionnant le déracinement d’une espèce endémique de Kyoto relocalisée dans un sanctuaire animalier en plein désert texan. Au contact d’un bloc de glace, la mémoire de la neige leur reviendra-t-elle ?

Ecologie acoustique

Tania Candiani, fascinée de longue date par l’écologie acoustique [l’étude des relations entre les humains et leur environnement à travers le son, NDLR], propose avec For the Animals (2020) un concert entre field recording et électro-acoustique destiné à apaiser coatis, pécaris, loups, lynx roux, renards et coyotes du parc naturel de Papago, en Arizona, perturbés par l’activité humaine.

Récits en version alternative d’une revanche (Robert Zhao Renhui, Lin May Saeed), pure spéculation dopée à l’intelligence artificielle (Agnieszka Polska), auscultation des forces environnementales (Jessica Warboys, Trevor Yeung), chaque œuvre combine productions naturelles, humaines et technologiques, aboutissant à des prototypes certes hybrides mais appelant à l’urgence « d’une transformation collective, convoquant les notions de compensation écologique ou encore d’éco-futurisme », selon Émilie Villez. Nous n’avons plus le luxe d’attendre…

Marc A. Bertin

Informations pratiques

« Le Singe et l’Argile »,
jusqu’au dimanche 3 janvier 2027,
Fondation Martell, Cognac (16).