Pour profiter du meilleur de Limoges, voici un guide en 9 haltes pour une ville déployant de nombreux charmes et trésors cachés.
Son campanile est indissociable de l’imaginaire collectif de Limoges. Pourtant, la sublime gare des Bénédictins, dessinée par l’architecte Roger Gonthier, achevée en 1929, construite en béton armé recouvert d’un parement calcaire et couronnée d’un dôme en cuivre, et flottant au-dessus des voies, n’est pas l’originale, puisque, en 1856, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans prolongeant la ligne au-delà d’Argenton-sur-Creuse, une première gare fut construite.
Son style unique mêle courant régionaliste, Art nouveau, Art déco et néo-classicisme. Les verrières de Francis Chigot et les sculptures de l’entrée principale présentent les symboles du Limousin ainsi qu’à l’intérieur les régions desservies par l’ancienne Compagnie Paris-Orléans. Merveille absolue, la carte géographique de la région, réalisée en 1928 par un peintre des ateliers Chigot, ainsi que les boiseries et les mosaïques ont retrouvé leur lustre.
Porcelaine architecturale
Saviez-vous que la motte, aujourd’hui arasée, abritait du Xe au XIIIe siècle le château du vicomte de Limoges ? Désormais, place de la Motte trônent les halles, construites en 1889, dont la charpente métallique s’inspire des principes architecturaux de Gustave Eiffel. 328 panneaux de porcelaine de grand feu décorent l’édifice, bel exemple de porcelaine architecturale. D’un pas, gagner le quartier de la Boucherie.Ici, du XIIIe au XXe siècle, la vie sociale et professionnelle était rythmée par cette corporation, dont le n°36 rue de la Boucherie retrace l’histoire.
Épargné par les démolitions au XXe siècle, le quartier, regorgeant de maisons à colombages, s’anime lors de la Frairie des Petits Ventres le 3e vendredi du mois d’octobre. Immanquable, la pittoresque place de la Barreyrrette, dont le nom provient des barrières qui fermaient les enclos des bestiaux, parqués à cet emplacement avant la construction d’un abattoir municipal en 1832.
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Boule de cuivre et lions antiques
Détour par la basilique Saint-Michel-des-Lions, les yeux au ciel pour contempler son clocher de style limousin dont la flèche est surmontée d’une boule de cuivre (600 kg et 2 mètres de diamètre). Cette église-halle (église dont le vaisseau central et les collatéraux sont de hauteur égale, – et pouvant éventuellement être de largeur égale ou non –, et communiquent entre eux sur toute cette hauteur), édifiée entre les XIVe et XVe siècles, abrite la châsse reliquaire de saint Martial, le saint patron de la ville.
Deux lions antiques en gardent l’entrée, place Saint-Michel.En contrebas, l’Hôtel Maledent, ancien hôtel particulier occupé par la famille Maledent de Feytiat, trésoriers de France. Sa cour à galerie ouverte et son portail classique à colonnes évoquent l’architecture civile de province au XVIIe siècle, influencée par la Renaissance.
Havre de quiétude, l’incroyable cour du Temple. Une cour privée desservant de riches demeures dont les escaliers et colonnes en granit traduisent avec sobriété l’esprit Renaissance et dont le pavage est constitué de tessons de gazettes (les boîtes en terre utilisées dans la cuisson de la porcelaine). Attenante, la majestueuse rue du Consulat, où se trouvait le siège des consuls qui administraient la ville, compte de belles demeures bourgeoises. Au n°15, la façade de la maison natale du chancelier d’Aguesseau (1668-1751) mérite le détour.
Retables baroque
Église gothique à quatre nefs, construite aux XIIIe et XIVe siècles, Saint-Pierre-du-Queyroix, restaurée en 2013, s’enorgueillit d’un très beau vitrail, datant en partie du XVIe siècle, représentant la Dormition de la Vierge. Elle recèle des retables baroques provenant de l’ancienne chapelle des Jésuites et sa crypte abrite un ossuaire. Non loin de là, l’imposant lycée Gay-Lussac, ancien collège de Jésuites édifié sous Louis XIII puis Louis XV.
Sa façade principale classique du XVIIIe a été dessinée par l’architecte limousin Joseph Brousseau. Incontournable, sa chapelle, dite « des Jésuites », de 1629, est ornée d’un retable du XVIIe siècle, œuvre du menuisier Jean Yvert et du sculpteur Jean Biziou.
Ancien pavillon frigorifique
Ancien pavillon frigorifique, inauguré en 1920, conçu par Roger Gonthier, architecte de la gare, le splendide pavillon du Verdurier dévoile un décor de mosaïque typiquement Art nouveau tandis que la géométrie de ses lignes et l’usage du béton armé le rattachent au style Art déco. À quelques encablures, la remarquable rue Jean-Jaurès,percée entre les deux Guerres pour ouvrir le centre-ville, est bordée d’immeubles représentatifs du style Art déco, dont plusieurs ont reçu le label « Patrimoine du XXe siècle ».
En quête d’émotions, direction l’Opéra de Limoges, beauté brutaliste conçue par Pierre Sonrel, inaugurée en 1963, dotée d’un plafond mobile qui peut s’abaisser pour réduire d’un tiers la jauge, d’un imposant foyer et d’un bar lounge digne de Palm Springs. En quête de frissons, se perdre dans le passage Mermoz…
Fontaine de bronze et de porcelaine
Le majestueux hôtel de ville, inauguré en 1883, s’élève à l’emplacement de l’ancien forum antique. Sur un soubassement en granit, la façade principale en calcaire mêle les styles Renaissance et Louis XIII. Elle est ornée de quatre médaillons de mosaïque à l’effigie d’hommes illustres de la ville : l’émailleur Léonard Limosin, le chancelier d’Aguesseau, l’avocat girondin Pierre Vergniaud et le maréchal Jean-Baptiste Jourdan. Monumental et richement décoré par des artisans de renom, le bâtiment est surmonté d’un campanile de 43 mètres de haut.
Véritable curiosité, la magnifique fontaine de bronze et de porcelaine trônant devant son entrée depuis 1893. Décorée par le directeur de l’École nationale des arts décoratifs de Limoges de l’époque, elle offre au regard quatre génies symbolisant le dessin, la peinture, le modelage et le tournage.
Empruntant le boulevard Louis-Blanc, dédié à la porcelaine et aux émaux, puis la rue Raspail, voici le quartier de la cathédrale, appelé Cité, développé dès le IVe siècle autour du sanctuaire chrétien fondé par saint Martial. Ancien cœur commerçant de la Cité des évêques, la rue Haute-Cité s’ouvre en triangle entre de belles bâtisses de marchands ; au-dessus d’un niveau maçonné en pierre, s’élèvent les étages à pans de bois.
Six terrasses aménagées
Dès le Ve siècle, une première basilique paléochrétienne, dédiée à saint Étienne, est érigée à l’emplacement supposé d’un temple antique. Au XIe siècle, une cathédrale romane la remplace, dont ne subsistent que la crypte et les trois premiers niveaux du clocher. L’actuelle cathédrale Saint-Étienne — l’un des rares monuments de style gothique du sud de la Loire — présente une remarquable unité de style nonobstant les six siècles nécessaires à sa construction (XIIIe-XIXe) du fait de l’emploi quasi exclusif du granit !
En son sein, un remarquable jubé Renaissance en calcaire figurant les travaux d’Hercule, deux orgues (chœur et tribune), trois tombeaux monumentaux, dont celui de Jean de Langeac, chef-d’œuvre Renaissance, dont les panneaux sculptés en bas-relief illustrent des scènes de l’Apocalypse inspirées de Dürer. Ensemble de caves voûtées et de galeries d’une ancienne abbaye, le souterrain de la Règle esttrès représentatif de l’architecture souterraine de Limoges constituée de caves, basses caves, galeries et aqueducs.
Surplombant la Vienne, six terrasses aménagées, lors de la construction du nouveau palais épiscopal, au XVIIIe siècle, constituent le jardin de l’Évêché, entre jardins botaniques et thématiques, parterres à la française et espace écologique.
Ponts essentiels
Même si les Romains franchirent la Vienne pour bâtir Augustoritum, fief des Lémovices, peuple gaulois installé en Limousin, Limoges demeura longtemps duale :d’un côté, le Château – siège de la vicomté et de l’influence de l’abbé de Saint-Martial –, de l’autre, la Cité et son évêque. Garants d’échanges et de prospérité, les ponts étaient essentiels pour les deux parties.
C’est au XIIIe siècle que les autorités du Château décidèrent de la reconstruction du pont Saint-Martial, édifié sur les bases du pont romain rasé à la fin du XIIe siècle par Henri II de Plantagenêt. En réponse, l’évêque entreprit, au XIIIe siècle, l’édification du pont Saint-Étienne, comptant huit arches ogivales, pour capter une partie du trafic commercial et favoriser le passage des pèlerins à destination de Saint-Jacques-de-Compostelle. En 1370, le Prince Noir le franchira avant de mettre à sac la Cité…
Depuis, les rives de la Vienne, ancien quartier des « Ponticauds », ont retrouvé leur quiétude à l’image de la pittoresque rue du Rajat, tout en ruelles pavées et tortueuses, et modestes maisons de laveuses, à pans de bois.
Marc Bertin